30 sept. 2016

Loin de la foule déchainée ◆ Thomas Hardy


Thomas Hardy Loin de la foule déchainée Club de lecture Mango and Salt



Loin de la foule déchainée, c'était le choix du club de lecture Mango and Salt pour Septembre. Ô joie, j'avais justement voté pour ce roman-là. Subjuguée par l'adaptation cinématographique un an plus tôt, je guettais l'occasion de livre le livre, et c'est désormais chose faite, merci Victoria. 



Le pitch : C'est l'histoire de Bathsheba, jeune laitière libre et indépendante, qui, par un coup du sort, hérite fortune et domaine qu'elle se met en tête d'administrer seule, comme un homme. Femme d'audace, elle ne tarde pas à attirer les convoitises, tandis que sa beauté tisse autour d'elle une toile de passions qui tend à se refermer comme un piège. 


Les thèmes : 
 ◆ la passion amoureuse  l'Angleterre victorienne ◆ l'audace  la vie rurale
 le drame  l'amour impossible  la vanité  la liberté 





Thomas Hardy Loin de la foule déchainée Club de lecture Mango and SaltThomas Hardy (1840-1928), auteur classique british -époque victorienne-, plutôt peu connu dans nos contrées française accaparées par Jane Austen et les soeurs Brontë, est le modeste auteur de grands romans aussi célèbres qu'adaptés au cinéma (Tess d'Uberville, Jude l'obscur).
En creusant un peu, on se rend compte qu'on a déjà forcément entendu parler de près ou de loin, d'une histoire de Hardy - (moi j'avais eu un méga coup de coeur pour Jude, avec ma fétiche Kate Winslet, qui m'avait tant fait chialer tellement surprise). 

Les histoires d'Hardy fuient toujours la capitale londonienne pour prendre place à la campagne, dans une région imaginaire, le Wessex, reconnue comme étant le miroir de son Dorset natal. 
Homme moderne (ses personnages féminins ont du caractère et sont toujours en avance sur leur temps), son rejet de la religion en font un auteur sulfureux peu reconnu de son vivant (aller, encore un), malgré le succès de ses livres parfois vendus sous le manteau. Sa vie longue et pas franchement très riche en soubresauts contraste avec celle de ses personnages, toujours en lutte contre leurs passions et les moeurs qui leur barrent la route. 






Ce qui m'a frappée en tout premier lieu, c'est le poids de la campagne dans le roman. Ses références sont omniprésentes : beaucoup de vocabulaire rural, parfois rébarbatif, qui m'a fait me féliciter de ne pas avoir cherché à lire le roman dans sa version originale.
Pendant des pages et des pages sont décrits les lumières du ciel, les meules de foin, les gestes à s'occuper d'une ferme.

Les personnages d'Hardy sont très travaillés. 
Bathsheba, très moderne, entêtée, audacieuse dans une époque qui ne prêtait pas forcément ces qualités là aux femmes. 
Gabriel Oak, un exemple de force tranquille, solide comme un roc, à la patience d'ange. William Boldwood, l'homme le plus rigide qu'on voit fondre comme une glace au soleil, et le sergent Troy, petite ordure de cruauté finalement pas si méchant.

Mais le personnage principal de Loin de la foule déchainée, c'est clairement c'est la campagne. 
J'ai pas forcément aimé cet aspect, peut être anachronique, ou simplement maladroit, qui ne parle pas vraiment au lecteur du 21ème siècle qui n'a jamais vécu dans une ferme. 

Les personnages secondaires, les gens de la ferme sont très présents dans le roman, et pourtant utilisés de façon malhabile.
Ils n'ont pas de présence, sont mal brossés, même pas décrits physiquement : ils forment un décor sans grande substance qu'Hardy utilise énormément, juste pour planter ou faire avancer son histoire. 

J'ai un peu rippé sur quelques phrases sexistes - difficile de dire si Hardy est complaisant ou ironique vis à vis de ces formulations machistes - qu'on doit très certainement plus à l'époque qu'à l'homme derrière les mots. A noter qu'il met tout de même l'accent sur le fait que le genre féminin échappe à la compréhension des hommes, si ce n'est des femmes elles-même. 

Le style d'écriture n'est pas franchement riche. Je l'ai trouvé globalement plat bien qu'agréable : normal, correct, regular.

Le ton narratif est détaché, l'auteur ne porte pas vraiment de jugements sur ses personnages . Chose inhabituelle, il me semble avoir croisé un ou deux "je", alors que le narrateur ne signale jamais autrement sa présence.  

Déception notoire pour la version littéraire, donc.
Bien que les 467 pages s'avalent facilement, que l'histoire est franchement très bonne et bien menée, certains détails, dont la longueur, couplé à des défauts relatifs au fossé qui nous sépare de l'époque victorienne, ont fait que Loin de la foule déchainée n'a pas su me séduire dans sa version papier comme elle a pu le faire en adaptation cinématographique.

Quant au titre, même après lecture, on ne comprend pas forcément sa pertinence.
Peut être est-ce une référence au fait que le bonheur se trouve après l'agitation, loin de la folie des gens, des la pression sociale et de ses obligations. 






Thomas Hardy Loin de la foule déchainée Club de lecture Mango and Salt Thomas Vinterberg


J'avais déjà adoré ce film, comme le témoigne ce papier où je développe les raisons le voir absolument.

Et j'ai été plutôt surprise de le voir si fidèle au roman. Pas une scène n'a été dénaturée, quelques unes ont été rajoutées (celles du bain des moutons qui ne prenait qu'une ligne) pour mieux illustrer certains points clés de l'intrigue.
En somme, ce n'était pas la peine de lire le roman (c'est moi qui ai dit ça ?!!!), car il ne m'a personnellement rien apporté de plus. Et je suis la première à m'en étonner.


  • Les personnages


J'ai préféré le traité du film, en matière de personnage. 


Mr. Boldwood, qui dans le roman est d'une insistance limite malsaine façon vieux pervers qui veut séquestrer Bathsheba dans son palais, est beaucoup, beaucoup plus touchant -et plus digne aussi- dans le film de Vinterberg.

J'ai adoré ce qu'ils ont fait du personnage de Lydia (en même temps je kiffe Jessica Barden), agaçante, enjouée, drôle, bien plus que la commère/ mijaurée/ pot de fleur d'Hardy.

Bathsheba est bien plus sympathique, sous la camera de Vinterberg que sous les mots d'Hardy, qui la dépeint parfois comme une capricieuse, lunatique, cyclique insupportable. Face aux sourires conquérants de Carrey Mulligan, difficile de ne pas s'attacher à son personnages et à ses faiblesses.

Gabriel Oak est moins tête de con bourru / brut de décoffrage, plus souple et patient (et tellement plus beau gosse- renfrogné-mystérieux) dans le film que dans le roman, où il est parfois d'une indélicatesse à pleurer. Et puis, Matthias Schoenaerts, quoi...

Le Sergent Troy est interprété à merveille, avec sa gestuelle et sa voix sensuelle à en faire perdre la tête au genre féminin. Il est bien plus que l'uniforme rouge décrit dans le roman.

Seule Fanny Robin est maltraitée dans le film, dépeinte comme une gourgandine un peu vulgaire et écervelée, plutôt que comme la jeune fille victime d'une mauvaise fortune qu'avait écrit Hardy.


  • Habilétés cinématographiques


Le film a l'intelligence de ne pas mettre l'accent sur les gens de la ferme, inclus de sortes à ce qu'on ne connaisse pas franchement leurs noms, ni qu'on s'attarde plus longtemps sur eux, autrement que comme la "masse" des travailleurs.

Au lieu des longues tirades de mots, de belles images : des magnifiques plans de la campagne anglaise, baignés d'une lumière époustouflante qui viennent mettre en avant l'importance de la campagne au sein de l'histoire.

Les costumes sont sublimes, crées avec goût, fins et subtils, là où Hardy ne prend pas franchement la peine de vraiment les inclure dans son roman. 

Et puis, la musique. Très différente des vers et strophes soufflés dans le roman, les chants du film sont touchants et restent en tête un long moment. L'instrumental, ballade anglaise traditionnelle, charme délicatement, avec juste ce qu'il faut de mystère et de mélancolie dans les notes. 


  • Une touche plus actuelle


Un gros + : le réalisateur a pris le parti de moderniser l'oeuvre victorienne en ajoutant quelques moments très pudiques de tensions sexuelles qui n'apparaissent pas dans le roman, des regards, des scènes où les visages sont proches, entre deux portes, sous l'auvent de la grange.

On a droit au lieu de "Oh ! Ma bien aimée !" a un baiser fougueux, celui qu'on désespérait d'attendre depuis les 2h de projection. Et tout ça fait nettement plus XXIème siècle, pour le grand plaisir du public amateur de films en costumes mais pas né en 1876 non plus.   


Thomas Hardy Loin de la foule déchainée Club de lecture Mango and Salt Thomas Vinterberg
Adapté par Thomas Vinterberg, réalisateur danois qui a raflé quelques prix ces dernières années, dont deux prix du jury à Cannes pour ces films Festen et La Chasse, le travail de l'équipe du film est tout bonnement visuellement exceptionnel.

Bref, j'ai re-regardé le film. Et j'ai re-chialé : la magie fait toujours effet.  



Le livre 1 - 2  Le film 


J'ai été conquise par l'histoire d'Hardy. C'est beau, c'est touchant, c'est grand, c'est romanesque.
Le film de Vinterberg sublime les choses, à l'aide d'images à couper le souffle et d'une bande son magnifique de délicatesse. Vinterberg modernise et adapte habilement les personnages, tout en restant très très fidèle au roman.

Si l'on se doit de saluer Hardy pour son histoire romanesque d'une richesse et d'une puissance incroyables, je te suggère plutôt de t'attarder sur le film de Vinterberg qui te fera passer un meilleur moment que les heures en compagnie du livre, parfois un peu longues, et dont la richesse littéraire -sa traduction française en tous cas- n'est pas inoubliable. 

Conseil : Lire le roman en écoutant cette musique : ici et ici 

A noter que c'est sous la plume et la caméra de deux hommes qu'une magnifique histoire d'amour classique a pris naissance / vie. Une preuve de plus que les histoires d'amour en littérature comme au cinéma, ce n'est pas qu'un genre "typiquement féminin". 

P.S : J'ai toujours autant envie d'aller passer ma vie  mes vacances dans le Dorset.





10 sept. 2016

Turner et la couleur, à l'hôtel Caumont




Turner et la couleur, c'était l'exposition événement de la saison, dans la région. A ne rater sous aucun prétexte. Pour des raisons évidentes, c'est péniblement que je me suis shootée à l'opium au Lamaline triple dose pour pouvoir me rendre au Château Caumont à Aix-en-Provence.


Mr. Turner

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Je me souviens avoir découvert Turner au Tate britain. J'avais 15 ans et n'était pas forcément très réceptive à cette avalanche de peintures académiques dans de grandes salles poussiéreuses. Et pourtant ce tableau de tempête avait illuminé ma visite. Gravés dans ma rétine, les ciels de Turner. Pour ses couleurs, pour le romantisme de ses brumes, mais surtout surtout pour l'effet de lumière, saisissant, prêt à jaillir hors de la toile au milieu de tout ce néo-classisme ronflant.

Turner, c'est bien souvent des grands formats. Ce qui amplifie nettement l'effet lumineux, dynamique, des sujets saisis par le peintre, toujours des paysages ( Turner n'a peint que peu de portraits ). Initialement maître du courant romantique, il s'en émancipe et laisse tomber ces codes pour faire évoluer sa peinture vers quelque chose de nouveau, d'encore inédit au 19ème.

Turner eut du succès de son vivant. Quelque chose de rare dans la peinture à l'époque (bon ok, toujours maintenant). Homme au caractère excentrique, traité comme un fou et/ou un pestiféré, l'histoire retient ses relations difficiles avec ses contemporains et son audace picturale.

Il fait ce qu'il veut, Turner. Il emmerde le monde. Il emmerde la morale, la critique, la bienséance, et même l'Angleterre.

Il prend son carnet, le premier bateau qui passe et il va dessiner. Turner voyage. Encore et toujours. Dans toute l'Europe. Des jours, des semaines, des mois. Il n'emporte avec lui que ses couleurs aquarelle et ses toiles, ses huiles, il les peindra chez lui dans son atelier, d'après mémoire.

On dit de Turner qu'il serait celui qui aurait préfiguré l'impressionnisme, la toile de base du mouvement étant l'Impression au soleil levant de Monet, avouée directement inspirée des travaux de Turner.

Peintre inclassable, singulier, corps et âme consacré à sa peinture, scandaleux, moqué si bien que jalousé par ses pairs : un homme moderne, en somme. Et un homme libre.
Ce qui en fait un personnage passionnant en plus d'un artiste d'exception, pour toutes ces raisons.

Aussi, voir des toiles d'un peintre aussi grand, atypique et reconnu de par le monde dans la région, c'est en soi assez surprenant. Mais ce qui l'est d'autant plus, c'est l'envergure de l'exposition aixoise. Des prêts exceptionnels du Tate de Londres, des prêts du Turner Contemporary de Margate, deux des foyers les plus riches en toiles de Turner au monde, surtout lorsque l'on sait que les Turner ne sortent pas souvent du sol britannique (et qu'à cause du Brexit, il est à prévoir que les britishs auront encore moins envie de prêter leur toiles).

Turner & la couleur : l'expo 

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L'exposition retrace assez bien l'évolution dans le travail du peintre, le passage de l'académisme à l'impressionnisme. Toujours avec la couleur comme fil conducteur, la scénographie nous présente également la vie de Turner, qui n'eut jamais à faire face à des difficultés financières et voyagea tant qu'il le put, lorsque la fin des guerres napoléoniennes le lui permirent.

Je me suis penchée avec beaucoup d'intérêt sur les études documentaires du peintre. On avait cette discipline à accomplir, à l'école d'art, et c'était loin d'être ma préférée la plus facile. Dans son paon, sur ses poissons, on décerne déjà chez le peintre un semblant de mépris des contours, et cette attention accrue pour la couleur, la délicatesse de son travail sur le papier pour la rendre au plus près de sa réalité, à la variation de teinte près.

J'ai tout particulièrement apprécié de voir de mes yeux un set de palettes et boite de couleurs ayant appartenus au peintre. Loin de nos malettes de gouache en plastique en promo chez Cultura dès le premier rayon du soleil, les boites de couleurs au 19ème, c'est un véritable objet d'art et de maroquinerie. Emballé dans un délicat porte feuilles à lacets, on imagine aisément Turner ainsi que les peintres de l'époque, tirer l'objet de leur gabardine puis le replacer soigneusement dans une poche.

J'ai aimé la partie consacrée à la gravure, une problématique de taille à l'époque, à laquelle je n'avais jamais été invitée à réfléchir. En expliquant les techniques de gravures utilisées dans l'Europe du 19ème (à distinguer des technique de l'estampe japonaise, pratiquée à la même époque outre mers), son caractère incontournable dans l'impressions des ouvrages écrits de l'époque, on comprend bien l'importance de la qualité du rendu et pourquoi Turner, peintre de la couleur, était si pointilleux et si engagé dans la réalisation des gravures noir et blanc reproduites d'après ses tableaux.

J'avoue m'être peu intéressée à ses peintures du début. Académiques, inspirées des grands maîtres, malgré mon amour pour le courant romantique, ces scènes aux reflets "encore et toujours l'antiquité" m'ont laissée de marbre.

Ce qui m'a fascinée, c'est les aquarelles de petit format sur du papier de couleur. Papier bleu, papier gris, les teintes étaient bousculées, atypiques, et pourtant si harmonieuses. Le travail est fin, délicat, à la limite de l'abstrait. Je les ai contemplées longtemps, les aquarelles de Turner.

Et puis ses huiles. Inoubliables. On pose un pied dans l'abstraction, pour certaines toiles. J'ai aimé cette audace. Et puis ses teintes. Très rouges lorsqu'il s'agissait de ses peintures de nos paysages, entre Marseille, Aix et Sisteron. Très noires, brunes, soutenues pour ses paysages plus nordiques.

Parce que mon imaginaire est friand d'images, j'ai superposé aux textes explicatifs les images du film Mr. Turner, avec la dégaine et l'attitude de Timothy Spall, tout au long de l'expo. J'avais en tête son air dédaigneux lorsqu'un autre peintre s'approchait pour lui dire que ses toiles devenaient floues.

Epopée picturale des plus réussies, le parcours proposé par l'hôtel Caumont rend compte avec élégance du phénomène Turner, personnage charnière de l'histoire de l'art, de sa très personnelle interprétation de la peinture jusqu'aux problématiques rencontrées pour un peintre à l'aube des querelles relatives aux théories de la couleur.

Bref, une très belle expo, somme toutes pas donnée mais très raisonnable de par sa qualité, digne des expos parisiennes, un peu dans la lignée de celles qui tiennent lieu à Pinacothèque. La visite guidée est très certainement à privilégier.

L'hôtel Caumont, affilié à Culturespaces, le groupe qui gère aussi les Carrières de Lumières des Baux de Provence et le sublime musée Jaquemart André à Paris, se pose comme un gage de qualité et si comme moi tu as déjà suivi une visite guidée à Jaquemart André, tu sais à quel point elles sont bonnes. D'ailleurs qui vois-je à la caisse de la boutique ? La guide qui avait admirablement conduit la visite guidée sur Les fêtes galantes, de Fragonard à Watteau, à Paris.

Seul bémol ici :  la très anglaise et absurde interdiction de prendre des photos. Frustration extrême.

Après son passage à Aix, c'est à Margate, au Turner Contemporary que l'exposition s'installera, du 8 Octobre 2016 a 8 Janvier 2017.


caumont centre d'art aix en provence turner et la couleur


L'hôtel Caumont 

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Mr. de Caumont c'était le petit marquis le plus riche de la région. Fieffé parleur, il se targua d'avoir épousé la plus belle noble de Provence, Pauline de Bruny, fille du baron de La Tour d'Aigues, héritière de son château (tu sais, là où j'adore faire les vide greniers) et d'en habiter la plus belle demeure, l'hôtel particulier de Caumont. 

Le bâtiment.

Construit dans le quartier aristo d'Aix-en-Provence, d'après la tendance parisienne du XVIème,"entre cour et jardin", c'est un bel édifice très récemment restauré (2015), classé Monument Historique, qui abrite le Caumont Centre d'Art.

En dehors des deux étages dépouillés, consacrés aux expositions, l'hôtel Caumont, c'est surtout une grande cours avec des portiques à carrosses en fer forgé, un hall avec escaliers aux rampes en fer forgé aussi, un salon dit de musique avec clavecin et la chambre à baldaquin de Pauline la pute Caumont.

Le café.

Une belle définition de la magnificence, concrètement. Immense, aménagé tel un boudoir, la pause gourmande n'est pas négociable, sous peine de passer à côté de quelque chose. La beauté des lieux est à couper le souffle, et le sourire du serveur n'y est pour rien dans l'histoire. Grandes salles à thèmes, hauts plafonds, ambiance Versailles, on a enfin trouvé un concurrent redoutable à la franchise parisienne Angelina.
Desserts à se pamer, tartes exceptionnellement gouteuses, chocolat chaud de dingue (oui, oui, même en été, sans hésiter)...
Un restaurant s'y accole, avec terrasse dans le jardin pour les soirées d'été. Luxe, calme et volupté à prix passablement abordables.

La boutique.

Incontournable. D'une richesse mémorable, tu peux y faire le déplacement uniquement pour ton shopping déco. Outre les habituels combo cartes / livres et revues / objets floqués à l'effigie de l'expo, une collection d'accessoires, de supports et colifichets s'affiche sur les étalages, d'une beauté sans pareil. Dans un style "Marie-Antoinette" très moderne, si tu aimes bien l'histoire, le design, la Provence et les galanteries, tu seras servi et je te mets au défi de ne rien acheter dans cette caverne d'Ali Baba bien rangée.


caumont centre d'art aix en provence turner et la couleur Cezanne


La parenthèse Cézanne

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Diffusé plusieurs fois par jour dans l'auditorium, c'est un court métrage de 30 min particulièrement bien conçu qui complètera ta visite du Caumont Centre d'Art.

Pas d'obligation d'être admirateur de sa peinture pour apprécier le film, il n'est pas tant construit autour de son art, c'est plutôt les grands axes de sa vie qui sont très joliment racontés.

"Avec une pomme, je veux étonner Paris !"

Très bien rythmé, le film, écrit comme un biopic, retrace la vie de Paul Cézanne, de ses premières années de peintre jusqu'à sa mort, surpris par la pluie au pied de la Sainte Victoire.

J'ai aimé cette foule de partis pris cinématographiques comme les face à face à la caméra, très bien amenés, très bien dosés, l'accent provençal à couper au couteau de l'acteur, le choix du format court, les lieux où s'appuient les décors, que je connais bien sûr très bien.
Les éléments de sa vie personnelle, racontés subtilement, ajoutent un plus très prenant au film, comme ses rapports compliqués avec son père, sa femme et son fils, ses amitiés avec Zola et Renoir...

Le film axe son propos sur la relation que le peintre entretien avec la région aixoise. L'un des seuls impressionnistes à ne pas s'être installé à Paris, préférant airs et lumières de Provence. Y sont mises en avant la propriété au Jas de Bouffan, l'atelier des Lauves, les carrières de Bibémus, en plus de ses points de vues fétiches sur la Sainte Victoire.

D'une beauté et d'une poésie à couper le souffle, sous fond musical du Cygne de Saint Saens, je me suis sentie franchement touchée par "Cézanne au pays d'Aix"et me suis félicitée de m'être attardée sur ce visionnage, chose que je ne fais jamais en tant normal dans les musées.

Cézanne était l'impressioniste qui m'interessait le moins, rapport à son désengagement parisien, en plus du fait qu'on a soupé de ses peintures sur des vieilles toiles cirées de grand mères depuis qu'on est petits ici en Provence. Ce court métrage éclaire pourtant le peintre d'une lumière différente, au point de me faire réviser totalement mon jugement.

Réalisation Antoine Lassaigne / Direction de la photographie Eric Turpin / Bande annonce : ici


  L I E N S  

- 3 tableaux de Turner que vous ne reverrez pas de si tôt en France

- Turner et la couleur, à l'hôtel Caumont 

- Mon Turner préféré : Fort Vimieux.

- Le film Mr. Turner : ici



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Turner et la couleur. 

4 mai 2016 - 18 Septembre 2016

Caumont centre d'art – 3 rue Joseph Cabassol, 130100 Aix-en-Provence 

2 sept. 2016

Les Rencontres d'Arles 2016



Cette édition des Rencontres d’Arles s’avère un peu spéciale, cette année. Difficile de déambuler dans les rues à pas soutenu avec une algodystrophie de la cheville. Mais passons, il ne faut pas s’arrêter de vivre, et puis l’occasion était trop belle, je ne pouvais décemment pas accepter de la rater. J’ai donc fait tout ce qu’il ne fallait pas pour ma santé. J’ai marché, j’ai forcé, consciente qu’il me faudra des semaines des jours pour récupérer. 

Peu de lieux visités, cette année. 
Ma visite s’est essentiellement concentrée sur l’Archevêché, l'Eglise Sainte Anne, l’espace Van Gogh, l’Eglise des Trinitaires et le Parc des Ateliers. Et autant te dire que ça suffit largement pour en prendre plein la vue. 

Cette année, clairement, c’était une meilleure sélection que l’an passé. 
Dans un esprit toujours aussi « je flirte avec l’art contemporain » , une fois de plus c’est le concept qui est privilégié, parfois au détriment de la qualité visuelle, à mon sens. 

L’Afrique est mise à l’honneur, ce coup-ci. Entre les gagneurs de prix, les dénonciateurs esthétiques et les thématiques Africa Pop !, exit le souffle glacé des prises de vues slaves (dont je raffole, personnellement).

La photo de rue s’installe de pied ferme au festival. Une discipline que je trouve ennuyeuse. Fabuleuse à regarder sous le prisme de l’empreinte du temps, quelconque à souhait lorsqu’elle s’en passe. Les salles qui les affichaient m’ont vues déambuler avec indifférence. 

Dans le hangar d’attribution des prix, on pousse toujours plus loin le conceptuel. Si quelques unes m’ont charmées, je me suis dit globalement que merde, pour gagner un prix à Arles, il faut vraiment faire de la merde avoir de la chance. 

J’ai détesté certaines expositions. Hara Kiri (l’humour potache, c’est pas ma came), les dents d'Elad Lassry (une seule question : Pourquoi ?), Nouveau démenti de la mission spatiale Viking 4 (Ok, et alors ?), Sid Grossman (1000 petits formats dans une salle, mais putain, faites des agrandissement, la scénographie nous emmerde !), Maud Sulter (mais euh, quitte à faire du collage, autant ne pas le faire à l’arrache, t'en penses quoi ?).


A contrario certaines m’ont subjuguées, m’ont fait sourire ou m’ont interpellée. En voici la liste exhaustive. 


Looking Beyond the Edge, Don McCullin 

les rencontres d'arles 2016
les rencontres d'arles 2016 don mccullin


Pamoison pour cet artiste. Photoreporter british, connu pour ses photos de guerre. Petite ressemblance physique avec Clint Eastwood, le même gout pour les mêmes sujets. 
McCullin c’est du noir et blanc, uniquement. Des paysages, urbains, sauvages, des portraits, des scènes. Des formats grands à moyens. Il souffle un air globalement british dans son travail photographique. Bonheur. 

Ses sujets, ce sont des sans-abris, des habitants des quartiers pauvres de Londres, ou de ces villes oubliées par le miracle industriel, dans les années 50. Haworth, Bradford, McCullin en dresse un portrait pictural saisissant. C’est du rêve et de la poésie qui danse sur le désastre, sur la saleté. 
Le sans-abri le plus sale prend des airs d’ange héritier du chaos, la révolte gronde sous le ciel pollué des crachats d’usines. 

Seul bémol : les plaques de verre. Les putain de plaques de verres des cadres qui viennent tout teinter du reflet inutile de la gueule des autres visiteurs. Je plisse les yeux, je m’irrite, je bouge dans tous les sens pour saisir l’image dans son ensemble, sans que les silhouettes de passage et le blanc du néon y apparaissent.

Le livre, recueil de clichés, épais comme la Bible, est d’une beauté à s’y noyer. L’exposition se rythme de quelques citations du photographe, expliquant son travail avec force et passion. Il n’est pas impossible que sa manière de voir invite la tienne à la réflexion. 

Noir sauvage, mélancolique. C’est beau, c’est profond.


A voir absolument. 
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Looking Beyond the Edge, Don McCullin, EGLISE SAINTE ANNE



Salut à toi, lionne noire, Zanele Muholi

les rencontres d'arles 2016 zanele muholi
les rencontres d'arles 2016 zanele muholi


Zanele Muholi, ce sont des grands formants dans une grande salle maculée de blanc. Des autoportraits, uniquement. 

Artiste Sud Africaine, engagée pour la cause LGBT, ses photos racontent le douloureux sentiment d’exclusion d’une femme noire lesbienne dans un pays encore marqué par l’apartheid. Ses prises de vues sont frontales, assumées. Son regard nous défie, rempli de fierté. 

Zanele se met en scène, joue avec des accessoires, passe d’un bord à l’autre. C’est beau, c’est poétique, c’est travaillé, c’est fascinant. 
Le contraste entre la peau noire et les murs blancs de l’expo est saisissant. Pour parfaire la beauté de ses tons de noir, l’artiste s’enduit la peau d’un produit, qui prend si bien la lumière. 

Je me suis postée longtemps face à ses autoportraits, devant lesquels je me suis sentie toute petite, écrasée par le talent. 

Exposition renversante de beauté et d’émotion.  

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Somnyama Ngonyama, Zanele Muholi - PARC DES EXPOSITIONS



Etrangère en terre familière, Sarah Waisawa



Sarah Waisawa c’est une lauréate du très convoité Prix de la Découverte, du festival édition 2016.
Sa série surprend, attire l’oeil au premier regard. 

Ce sont des formats moyens. Une photo encadrée aux côtés d’un objet, visible sur la prise de vue. Ce qui saisit, c’est le contraste de couleur. Une femme aux cheveux violets se balade dans une ville africaine, flottante, en marge des activités. Un coup d’oeil plus précis et l’on comprend vite qu’il s’agit d’une femme albinos. Et c’est encore d’exclusion, du regard de l’autre que traite cette série. 

Dans un contexte où les albinos sont encore persécutés en Afrique Sub saharienne, pour leurs prétendus pouvoirs magiques, cette femme déambule, solitaires, sans jamais rentrer en contact avec les autres. La forme de la robe, les expressions et les couleurs choisies prêtent un caractère onirique au travail de l’artiste. On en viendrait à douter, cette femme existe-t-elle vraiment, ou est-ce un rêve ? 

J’ai tout aimé dans le travail de l'ougandaise Sarah Waisawa. Les couleurs, l’esthétique, la forme scénographique, l’aspect poétique, et le propos de fond. Son travail présente l'Afrique sous un autre jour, comme pourraient en témoigner ses très belles photos de mode.

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Etrangère en terre familière, Sarah Waisawa, PARC DES EXPOSITIONS




Yokoainoshima, Charles Fréger

les rencontres d'arles 2016 charles freger
les rencontres d'arles 2016 charles freger

Ce sont des grands formats, exposés sur des panneaux colorés dans une belle église arlésienne. 
Sujet japonisant. Esprit WTF, donc. Esthétique, parfois onirique, le travail de l’artiste flirte aussi avec les frontières de l’angoisse.

Dans cette série, Charles Fréger explore les traditions peu connues de la campagne japonaise. Lui-même fils d’agriculteur promis à une carrière d’agriculteur avant de s’en échapper avec un appareil photo, c’est tout naturellement que l’artiste s’intéresse au milieu rural. 

Ce sont des japonais natifs, pratiquant ces rites, qu’il pose dans un décor de son choix.

A aucun moment, on ne voit un seul visage. Le photographe s’arrange pour nous cacher la face de ses sujets, d’une façon ou d’une autre.
Un peu monstrueux, l’intérêt ethnologique se couple à l’aspect esthétique. Le visiteur est déstabilisé, circonspect devant cette tranche d’humanité un peu anxiogène mais tellement belle.

J’ai adoré ce travail. Cette touche de folie très japonaises, la beauté des prises de vue, derrière lesquelles on devine un sacré taff en post production.

Coloré et singulier. Aux frontières de l’esthétique et de l’étrange. 


A découvrir absolument. 

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Yokoainoshima, Charles Fréger, EGLISE DES TRINITAIRES

End, Eamonn Doyle

les rencontres d'arles 2016 eamonn doyle
les rencontres d'arles 2016 eamonn doyle

Eamon Doyle c’est un étage à la scénographie bien soignée. Salle plongée dans le noir, musique au souffle angoissant, panneaux lumineux installés derrière les photos, compositions rythmées, qui alternent, grand, petit et moyen formats. 

Un seul mot d’ordre : Street photographie. Dans les rues de Dublin. 
Le travail est de qualité, l’oeil de l’artiste vif et esthétique. Les panneaux grands formats impressionnent.
Il s’est pourtant dégagé un sentiment de malaise pour ma part, dans cette salle. Peut être pour l’ambiance anxiogène volontairement crée, peut être pour les sujets photographiés, qui n'expriment pas toujours un visage très rassurant.  

Les séries « I », « On » et « End » se côtoient et dialoguent entre elles dans cette exposition, de belle photographies.

Un peu déçue cependant de voir que les rues de Dublin ne sentent pas un seul instant l’Irlande, mais la mondialisation la plus crasse. Quelle différence in fine entre les rues de Dublin et les rues de New York ? Aucune si on en croit le travail d’Eamonn Doyle. 

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End, Eamonn Doyle, ESPACE VAN GOGH

The Jungle Show, Yann Gross

les rencontres d'arles 2016 yann gross
les rencontres d'arles 2016 yann gross

Photographe suisse, exposé dans salle à engeance suisse, scénographie par une agence suisse, avec le soutien de mécénats suisses. Ça pourrait puer le communautarisme. Mais non, il s’agit du travail mi documentaire-mi poétique de l’artiste Yann Gross qui pour les besoins de sa série, s’est exilé 2 ans en Amazonie, pour partir à la rencontre des peuples qui jalonne le long du fleuve.

La scénographie est magnifique. Plongé dans le noir, une grande toile reconstituant la foret tropicale, et des caisses empilées au fond desquelles sont projetées les photos rétro-éclairées, le visiteur déambule, plutôt timidement, entre les prises de vue.

J’attire ton attention sur le fait qu’il faut lire le commentaire plaqué à l’envers de la caisse de chaque photo pour comprendre la portée du travail de l’artiste. Chaque photo a son histoire, de la prostituée qui enfile le costume de la mystique femme jaguar, cruelle divinité guérisseuse locale, au groupe de rap sur sa charrette, terreur des alentours, jusqu’à la reine de beauté qui a remporté une chirurgie esthétique en premier prix.   

Avec poésie, le photographe interroge le regard occidental en remontant les traces d’expéditions passés par les conquistadors, et explore l’impact de l’homme sur l’environnement amazonien. 

Je regrette de n’avoir pas eu le temps de me pencher plus longuement sur le travail passionnant de fond et de forme de Yann Gross.

Acheter son livre The Jungle Book me tente énormément.   

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The Jungle Book, Yann Gross, PARC DES ATELIERS


Une histoire de la misogynie, chapitre 1 : De l'avortement, Laia Abril

les rencontres d'arles 2016 laia abril
les rencontres d'arles 2016 laia abril


De prime abord, je ne comprenais pas là où voulait en venir l'artiste, avec ses découpes scientifiques.  Et puis j'ai vu le Jésus qui pleure avec des foetus dans la main, et j'ai compris. L'avortement.

Un sujet qui fâche encore en 2016. Comment est-ce possible ? En 2014 une loi avait failli compromettre le droit des espagnoles a en jouir, d'où certainement la réaction de la photographe catalane. Dans un monde où 47 000 femmes meurent encore chaque années d'avortement clandestin, il y a aussi celles qui font face aux lois pénales.

Discours ronflants d'hommes politiques octogénaires (lol mais toi ta gueule), histoire de médecins envoyés en prison pour avoir pratiqué l'IVG, témoignages de femmes. De quoi avoir très froid dans le dos.

Outre les outils chirurgicaux du Musée de l'avortement de Viennes, l'artiste recense les méthodes utilisées, celles qui le pratiquent avec les cintres en fer, les tiges de parapluie, les aiguilles à tricoter (coucou mon arrière grand-mère qui en est morte).

N'oublions jamais qu'à ceux qui accusaient de proclamer une loi tuant des milliers d'enfants, Simone Veil à répondu qu'au contraire, cette loi sauverait la vie de milliers de femmes. Laia Abril fait réfléchir sur un droit qui, s'il nous semble acquis en France en 2016, menacera toujours d'être retiré, comme le disait une autre grande Simone, Simone de Beauvoir.

Je quitte la salle, vraiment très énervée. Et pense si fort à ma grand mère, dont la jeunesse fut réduite à néant pour ça. Et je me dis que si droit a avortement il y avait eu dans les années 40, mon éducation et donc ma vie n'auraient peut être pas été les mêmes.

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De l'avortement, Laia Abril, PARC DES ATELIERS



Mauvais genre, collection Sebastien Lifshitz

les rencontres d'arles 2016 mauvais genre
les rencontres d'arles 2016 mauvais genre



Mauvais genre, c’est une collection étonnamment riche de multitudes de photos trangenres. Des hommes et des femmes, de 1880 à 1980, qui se travestissent, loin de notre présent LGBT revendiqué, de plus en plus accepté. C’est dans l’intimité, timidement, que ces hommes et femmes se mettent en scène devant l’appareil photo.

Le collectionneur, Sebastien Lifshitz, les a chinées dans les puces et sur internet, ces photo amateur, peut être prises dans le plus grand secret. Ce qui étonne, en dehors de sa variété, c’est son nombre (500 photos) à une époque où le comportement déviant est sévèrement puni par la loi.

Les clichés du 19ème rappellent à quel point le costume, de tout son poids, se fait maître de l’ordre social et emprisonne dans un genre masculin ou féminin. Homosexualité, militantisme féminin, ces marginaux racontent une histoire oubliée, tue, assumée seulement des générations plus tard.

Est-ce un jeu ? Est-ce un instant de vie ? Une pratique quotidienne ? Qui est derrière l’appareil ? Ces images soulèvent tant des questions.

C’est frais, libre, fier et audacieux.

J’ai adoré. 

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Mauvais genre, collection Sébastien Lifshitz, PARC DES ATELIERS


Parfaites imperfections, l'art d'embrasser le hasard et les erreurs

les rencontres d'arles 2016 parfaites imperfections


C'est une collection, la collection Eric Kessel, Qui ose le difficilement pensable : prend le contre-pied de la tendance actuelle, aimer, oeuvrer et travailler pour obtenir la perfection.

Dans cette série de photos, d'installations et de sculptures, photographes, artistes et plasticiens interrogent l'imperfection, encensent l'art d'embrasser le hasard et les erreurs, sous une forme de lacher prise pas toujours naturelle.

J'ai particulièrement apprécié certaines photos que le timming du hasard a rendu magiques.
Les Installations du collectif Putput, très réussies, sont esthétiquement et abominablement horripilantes pour des yeux comme les miens, yeux de graphiste, habitués à lécher les images à la recherche de l'imperfection à neutraliser.

Certaines salles de l'expo sentaient par contre très fort l'amateurisme. Et ça, ça le fait moyen dans des expos d'envergure comme les Rencontres d'Arles.

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Parfaites imperfections, PALAIS DE L'ARCHEVECHE



Disturb Reality, Beni Bischof

les rencontres d'arles 2016 beni bischof
les rencontres d'arles 2016 beni bischof


En photo tout est faux, dit le photographe. Et c'est sous ce credo que sa folie créatrice s'exprime.  

C'est le monde de l'Absurde avec un grand A. Une déferlante de débordements. Ce ne sont que des détournements d'images existantes. Qu'il tourne en dérision, systématiquement.

J'ai ri. J'ai tellement ri des conneries du photographe. Saucisse ou doigt transpercent les orifice de Nathalie Portman, le moindre chat a dix yeux, une bouche se greffe sur une main...

Bref, du grand n'importe quoi, sur lequel souffle un vent de fraicheur et de liberté. A première vue dépourvu de sens, le propos de l'artiste invite au final à une réflexion sur le pouvoir de l'image.

J'ai trouvé le propos de l'artiste, qui n'a pas peur du ridicule curieusement drôle et rafraichissant. Bravo pour cette audace et cette liberté.

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Disturb Reality, Beni Bischof, PARC DES ATELIERS 





CONCLUSION : Si, par boulimie visuelle, tu t’attendais à une avalanche de beauté, d’esthétisme et de volupté, tu seras sacrément déçu. Le concept, les gars. Les sélections des Rencontres d’Arles, ça fait trois ans qu’elles sont clairement tournées vers le conceptuel ou le documentaire. Exit la poésie, la subtilité, la délicatesse. Le contemporain a le vent en poupe.

Personnellement j’ai quand même réussi à en prendre plein la vue cette année. On dit de l’édition de 2016 qu’elle se veut plus douce, clairement marquée par les événements de l’année, la menace terroriste et la désunion des amitiés européennes. Son directeur, la définit comme "un état des lieux de la photographie dans toute sa variété".


REMARQUES PRATIQUES : Je t’encourage à (re)lire ce papier sur l’édition 2015 des Rencontres d’Arles ici. 


A NOTER : Cette année le festival d’Arles adapte ENFIN ses horaires. Plus de fermeture aberrante à 18h. C’est désormais à partir de 19h que les portes se ferment, certaines structures poussent même le vice jusqu’à 19h30 ou même 20h. 

Ne pas y aller un samedi. A Arles en été, c’est jour de marché. Ça paralyse la ville car le marché se tient sur son artère principale, le boulevard des Lices.

Attention aux dates progressives de fermetures des salles. De façon générale, c'est le dernier week end d'Août que les fermetures commencent.

Le week-end entier s’impose, pour profiter pleinement du festival et de la ville, sans s’imposer un rythme effréné, suffoquant.


  L I E N S  

- Review du festival par les copines de En mode bonheur : ici

- Review du festival par Mr. Bernard : ici

- Guide du festival : ici

- Guide (discutable) du meilleur d'Arles en un jour : ici

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Les rencontres de la photographie

Du 4 Juillet au 25 septembre 2016
https://www.rencontres-arles.com/
36€ le pass journée.

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