30 oct. 2015

L'homme irrationnel


Réjouissances ! Un nouveau Woody Allen cet automne dans les salles obscures : L'homme irrationnel.

Que vaut donc cette cuvée 2015 ?

"De quoi s'agit-il ici ? De morale ? De choix ? D'esthétique ? Des aléas de la vie ?"

C'est l'histoire de Mr. Le-prof-de-philo, l'homme qui a tout vu, tout vécu, tout étudié, et qui, les deux pieds dans la quarantaine, s'ennuie désormais royalement. Faut dire qu'après avoir essuyé les balles au Darfour, perdu des amis en Afghanistan, y a moyen de trouver la vie rangée plutôt fade. Mais le véritable problème d'Abe Lucas, ce n'est pas tant la fin de sa vie de baroudeur. C'est le manque de sens. Ce constat cruel que lui vaut toutes ses années consacrées à l'écriture d'essais philosophiques qui l'ont pourtant rendu célèbre : la réalité tangible détruit la logique de la théorie. En panne de créativité, d'inspiration et de désir, tout lui pèse et l'homme, dépressif, se traîne en épave.

Le voici donc en route vers un nouveau boulot. Enseignant dans une petite université.
Tout le campus, élèves et professeurs confondus, frétille d'excitation à l'annonce de son arrivée.
Abe Lucas peine à partager leur enthousiasme. Et ce ne sont pas les silhouettes de Rita, la collègue un peu nympho, ni de Jill, l'étudiante énamourée, qui sauront malgré tous leurs efforts réparer son malêtre. Et si, par le biais d'un hasard, un bon meurtre "utile", bien prémédité, était la réponse à tout ?


Globalement, j'ai plutôt bien aimé.

Comme dans la plupart des Woody Allen, la comédie de moeurs est de mise, les scènes d'expositions sont longues, parfois languissantes, et la sauce prend surtout dans le dernier tiers du film, à l'issu d'un virage surprenant qui fait basculer l'intrigue dans une autre dimension.

Les acteurs sont plutôt performants.

Joachim Phoenix, toujours dans un rôle trouble. Ecorché vif comme certaines d'entre nous les adorent, on nous présente son personnage comme un Don Juan, même si on ne comprend pas trop pourquoi. Silhouette bedonnante, cernes bleues de mec torturé, difficile de lui trouver du sex appeal. Mais il faut avouer que l'homme en a clairement l'attitude. Dans ses absurdités, on comprend pourtant le personnage, en quête de la transcendance de son malêtre. Et son raisonnement n'est pas dépourvu de sens.
Evidemment rencontrer un homme comme ça sur son passage, c'est un peu l'assurance de devenir dingue. Palpitant, séduisant, égoïste, inconstant, terriblement romantique et plutôt carrément sociopathe. Bon courage pour s'en sortir sans cicatrices.

Emma Stone, presque aussi lumineuse que dans Magic in the moonlight campe parfaitement son rôle de charmante petite intello en fleur. Dès la première minute, difficile de ne pas s'identifier à elle. Très empathique, romanesque et passionnée, elle se distingue des autres par son aptitude à se faire ses propres idées et sa tendance à la recherche d'une certaine forme d'absolu, introuvable dans l'insipide de son quotidien. Qui n'aurait pas fondu face à Abe Lucas, un esprit hors norme qui t'écrit des poèmes ? Qui n'aurait pas tenté la grande aventure avant-gardiste quand elle se présente aussi généreusement ?

"Je n'arrive pas à écrire parce que je n'arrive pas à respirer."

Le point fort de ce film, c'est tout de même le traité des sujets tels que la chance, la morale et l'usure.

Cette espèce de zone de battement, de non-droit, entre le bien et le mal, la morale et l'immoral.
J'ai bien aimé le traité de la relation amoureuse complètement bancale, la démystification du mécanisme.

La place de la chance, ou plutôt du hasard.

Forcément, toute cette histoire, ça ne pouvait que dégénérer. Et la conclusion, on ne la voit pas forcément venir.

Faut-il commettre un crime pour être heureux ?

Après le très réussi Magic in the moonlight, cuvée 2014, Woody semble revenir à ses thèmes de prédilection, dans la lignée du très marquant Match point, la débandade amoureuse et la folie criminelle.

Je recommande !

Des gens qui en parlent mieux que moi :  ici, ici et ici.

24 oct. 2015

Coup de foudre canin



Clairement. Je ne suis pas chien. Je suis chat.
Parce qu'un chien c'est un animal soumis. Et qu'un chat c'est un animal libre.
Parce qu'un chien ça saute et ça bave. Et qu'un chat ça s'étire sensuellement.
Parce qu'un chien ça reniffle le cul des gens. Et qu'un chat ça te regarde de haut, droit comme un sphinx.

Mais voilà, parfois les chiens des autres savent me faire changer d'avis. Tango le labrador noir palmé ou Lennon le Jack Russel.
Ce jour là, coup de foudre pour le chiot de ma copine Laura.

Couleurs d'automne et bel instant de vie dans le Var un jour de temps gris. Les copines, du cidre, 1720, des crêpes bretonnes, un chiot, de l'hydromel. Et c'est la clé du bonheur <3.

23 oct. 2015

Meurte au Ritz ◆ Michèle Barrière

La vie sait parfois se foutre de ta gueule te surprendre dans les moments les moins propices à l'étonnement. Sur une étagère du petit shop/ librairie interne de l'hôpital, entre trois Marc Levy, deux Bernard Weiber, et cinq réfexions sur la Mort (et 0 sur la guérison, les gars), j'ai découvert un nouveau genre littéraire. LE POLAR GASTRONOMIQUE.  


Dans le genre inattendu, que demander de mieux ?

A l'origine de cette curieuse idée, une souriante petite soixantenaire à lunettes.

Michèle Barrière, c'est un peu la femme qui a dédié sa vie à l'amour de la cuisine, sans pour autant ouvrir un restaurant. Historienne de l'alimentation, membre du conseil scientifique du mouvement pour la sauvegarde du patrimoine culinaire mondial, membre de l'association professionnelle des chroniqueurs et informateurs de la gastronomie et du vin, co-auteur de la série "L'histoire en cuisine" sur Arte... La dame s'y connait en gastronomie.

Auteur d'une dizaine de polars, chacun placé dans un contexte historique différent, elle a pris l'habitude de faire se délecter les papilles du grand public par l'écriture.



Le pitch : Paris, 1898. César Ritz est sur le point d'ouvrir les portes de son nouveau palace parisien, place Vendôme. Avec Auguste Escoffier à la tête des cuisines, toute la bonne société européenne promet de s'y précipiter. Quel n'est donc pas le choc lorsque, pendu par les crocs de boucher, le cadavre d'une jeune fille est retrouvé dans une chambre froide de l'hôtel, à quelques jours de son inauguration. Pour ne pas ébruiter le scandale, Ritz et Escoffier tentent de traiter l'affaire en interne, bientôt dépassés par les lettres de menaces reçues quotidiennement. A défaut de faire appel à la police, c'est à la logique de Quentin Savoisy, 28 ans, neveu d'Escoffier, journaliste au Pot-au-feu que l'enquête sera confiée.
Mais quelle ne sera pas la surprise de Quentin lorsqu'il découvrira qu'à Rome, Londres et Viennes, les attentats se succèdent. Marmites qui explosent dans les mains des serveurs, poires dynamitées dans la tête des invités de la haute noblesse...
Qui peut bien avoir à coeur de perpétrer la terreur dans l'hôtellerie de luxe en Europe ?


Les thèmes : 
gastronomie ◆ Paris  belle époque  luxe   
anarchisme ◆ féminisme  journalisme ◆ mondanités  


J'ai adoré.


La fraicheur. L'originalité. 
Ce livre m'a pris par surprise. J'étais happée au bout de quelques pages, malgré des conditions de lectures extrêmes (morbide attente sans nouvelle de l'Homme en train de se faire opérer, dans une chambre d'hôpital avec volets cassés au milieu de la famille d'un gars de 22 ans qui a les deux mains plâtrées et qui voit défiler sa mère et ses grands parents rivalisant tous pour le faire rire le plus possible) Nous inventer le polar gastronomique, quoi. Bravo. Bravo, bravo, Michèle Barrière.


La qualité historique.

Au niveau du détail, l'auteur sait régaler son lecteur. Immersion totale. Pour peu que le roman s'inscrive dans un contexte historique qui te séduit, voyage assuré.
Et moi je RAFFOLLE du Paris de la belle époque.

En pleine polémique de l'affaire Dreyfus, un vent de modernité souffle sur le Paris de 1900. La tour Eiffel encore fraichement construite, le recul du pouvoir de l'Eglise, les coups de frappe d'Emile Zola...
Le contexte politique, nouvellement républicain, peine à faire l'unanimité.
Michèle Barrière nous plonge au coeur de ses rivalités d'idéaux en nous dépeignant la difficile cohabitation des républicains avec les royalistes, les nouveaux communistes, les anti-sémites, la bourgeoisie socialiste, les anarchistes, les nationalistes...
J'ai appris des tas de choses.

Le style.
Simple, fluide, limpide et qui pourtant m'a dévoilé des mots inconnus. Quand Michèle Barrière aligne les phrases pour te décrire un repas, je te mets au défi de pas aller ouvrir ton frigo dans l'heure qui suit et de pas te dire "haaan j'ai envie de manger quelque chose de vraiment bon".


Les personnages. 

Particulièrement travaillés et tous intéressants.

Diane. L'étoile du roman, c'est bien elle. Personnage tumultueux. Courageuse, ambitieuse, effrontée, déterminée. Elle n'a pas peur de bousculer les bonnes moeurs corsetées, ni de se mettre toute sa famille à dos. Diane est libre et être une femme libre à la belle époque, c'était un peu être une pute. Issue pourtant d'un milieu très bourgeois, ses aspirations contredisent son éducation et son répertoire d'insultes n'a rien à envier à celui de la poissonière.
J'ai adoré de personnage. Diane fait partie de cette génération de femmes à qui l'ont doit tant, refusant le mariage, du fait de passer de la tutelle d'un père à celle d'un mari, le corset, et toutes les autres aberrations qu'avaient du supporter les femmes d'avant 1900.

Quentin. L'attachant petit aristo moyen, sans idées ni grande envergure, qui n'aspire qu'à pouvoir tranquillement épouser celle qu'il aime et à écrire ses articles sur la mode du thé de cinq heures pour le Pot-au-feu.
Bonne patte, malmené dans tous les sens, notamment par sa fiancée, et tout aussi bien par son oncle Escoffier, passe pour un clown aux yeux de tous ceux qui se prennent à bien l'aimer finalement.

Séverine et les filles de la Fronde. Classes, avant-gardistes, courageuses et élégantes.

Nénette. La petite bonne un peu simplette éprise de son Lulu qui tant bien que mal oscille entre sa patronne fantasque, le patron dont elle ne sait pas trop quoi penser et le chien qui multiplie les catastrophes.

Même Vassière, le policier glouton qui se régale d'être affecté à la surveillance du Ritz, est un personnage réussi.

Michèle Barrière ne se permet pas trop de s'emparer des personnages de Cesar Ritz et Auguste Escoffier, du fait de leur réalité historique. Leurs silhouettes, très présentes mais très écartées également témoignent de l'habileté d'un bon dosage, même si après coup on se dit qu'on aurait aimé à en savoir plus sur la réalité de leur existence.

Mais aussi et surtout, j'ai adoré...
La forme !

A la fin du livre, non content de pouvoir trouver une bibliographie pour en savoir plus au sujet des thèmes abordés dans le récit, tu as en bonus DES RECETTES DE CUISINE dont parlaient les personnages dans le roman ! Fraises Sarah Bernardt, pêches melba, asperges à la polonaises, cailles aux cerises, omelette aux fleurs de courge, garbure à la béarnaise... C'est bon demain soir tu peux inviter du monde !
Elles ont toutes pris naissance sous les doigts d'Auguste Escoffier et Michèle Barrière t'invite à venir les découvrir en détail dans son Guide culinaire.


J'ai trouvé énormément de charme à ce récit, entre exactitude et fiction. Original, frais, consistant. Fallait vraiment songer à l'inventer celle-là, le polar gastronomique.

Alors attention, si pour toi ne mérite le nom de polar que celui qui fait trembler tes nuits de rebondissements et de sueurs froides, passe ton chemin. L'intrigue n'est pas ficelée façon Agatha Christie. L'accent ici est mis sur la reconstitution d'un contexte historique pertinent, sur la construction de personnages intéressants et bien sûr le détail gravite autour de la gastronomie.

Pour toutes ces qualités, moi, je valide Meurtre au Ritz et le recommande.
PS : Solennel merci à l'APHM de m'avoir fait découvrir Michèle Barrière, tout me dit que sa dizaine d'autres polars gastronomiques vont passer par ma bibliothèque.



10 oct. 2015

Millenium : le Tome 4



Parce qu’il fallait que je sache.
Parce que je brûlais de retrouver Lisbeth Salander.
Parce que dans cette guerre idéologique, au cœur de ce séisme inédit dans la sphère éditoriale soulevé par le cas Millenium, il a fallu choisir son camp.
Moi j’ai validé l’imposture littéraire consentie.
Et honnêtement, pas une seule seconde je regrette mon choix. Ce tome 4, c’est clairement une réussite pour le moins triomphale.


Les thèmes :
le féminisme ◆ la vengeance ◆ le polar 
 ◆ l'autisme ◆ le journalisme ◆ la maltraitance
◆ l'espionnage ◆ le hacking ◆ l'intelligence artificielle 


On l’avait adorée en train de latter la gueule à son violeur. On s’était creusé les méninges avec elle sur l’affaire Harriet Wanger. On l’avait admirée résoudre des énigmes mieux que la Sapö. On avait frémi quand elle s’était mis en tête de régler son compte à Zalachenko. On avait craint pour sa vie quand Blomkvist essayait de la sortir de ses démêlés avec la justice. On était tous suspendus aux gestes et aux mots de Lisbeth Salander. Et la voilà de retour. Putain, c’est bon ça.

Le pitch ◆ La rage ne l’a pas quittée. En marge de tout, retirée dans son coin, elle veille au grain sur le net. Parce que « Celui qui surveille le peuple finit à son tour par être surveillé par le peuple. »

Il n’est plus que l’ombre de lui-même, collectionne les absences dans un monde où la presse est en déclin, et la concurrence rude.
Des années sont passées, ils ne se sont pas parlés.

Mais leurs chemins vont se recroiser autour de l’histoire d’Hans Balder, éminent scientifique chercheur dans le domaine de l’Intelligence Artificielle, au cœur d’une rixe de jeux de pouvoir où serait même mêlé la NSA . Contre espionnage, réseaux criminels, hacking de haute voltige, surveillance électro-magnétique… Et si la clé cette fois-ci se trouvait du côté de l’autisme, dans les liens du sang ?



 Le cas Millenium


Si jusqu’ici tu as échappé à l’engouement Millenium, réjouis-toi. C’est un tout nouveau tout beau phénomène qu’il t’ait donné à découvrir. C’est un peu comme quand on redécouvre un billet de 20€ dans sa poche. On n’avait pas fait mieux depuis Harry Potter. Si, si, je te jure !

Figure vitrine des éditions Actes Sud, Millenium c’est la trilogie qui vient du froid et qui a su mettre à l’honneur le polar suédois dans notre beau pays comme dans le monde entier.

Aux commandes de tout ça, un petit suédois binoclard, communiste et trotskiste, qui a rencontré sa femme dans une manif contre la guerre du Vietnam et qui s’est forgé un avenir de journaliste, en créant la revue Expo, structure observatoire de la montée du racisme en Suède et des moyens mis en œuvre pour en contrer les dérives.

A ces heures perdues, l’homme s’essaye à l’écriture d’un roman, qui devient vite une trilogie. Il faut dire que le sujet est dense et qu’il la verrait bien s’étaler en 10 tomes, sa petite histoire. Il commence à démarcher les éditeurs. Et bim. Il meurt. Crise cardiaque. Genre, trop pas de chance.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais non. Il se trouve que sa petite histoire écrite dans l’ombre est de qualité. Et qu’un éditeur, Norstedts Editions, accepte de la publier. Et que ça devient juste un putain de succès littéraire en Suède. Et que le succès dépasse les frontières de la Scandinavie, s’empare d’abord de la France, chez qui les romans rencontrent un succès inouï, puis s’étend outre atlantique. Moins de quatre ans plus tard, les ventes dépassent les 80 millions d’exemplaires, les adaptations télé-BD-ciné se multiplient et même la pointure du cinema David Fincher s’empare de l’histoire dans l’idée de la porter à l’écran de manière particulièrement réussie soulignons le.

Désormais le nom du petit suédois, Steig Larsson est sur toutes les lèvres alors qu’il n’aura même pas eu l’occasion de tenir son propre livre entre ses mains. Et tout le monde est un peu beaucoup gâché de savoir que l’aventure Millenium s’achève ici. Faut dire que c’était tellement prenant de suivre les aventures de Blomkvist et de Salander qu’on aurait volontiers continué pendant bien d’autres tomes.

C’est alors qu’une petite voix fluette s’élève en Suède. Coucou, je suis Eva, la femme de Steig Larsson, et même si, c’est vrai, on était pas mariés, on a quand même vécu 32 ans ensemble et en fait euh, ben j’ai toutes les notes de Steig dans un carnet et un Tome 4 inachevé dans mon ordinateur, mais je préfère mourir plutôt que de le remettre aux mains des éditeurs, sauf s’ils me permettent de le terminer moi parce qu’en fait moi aussi je suis écrivain.

Han bataille juridique ! Nous on est le papa et le frère de Steig Larsson et en fait c’est nous les héritiers,  et on est pas d’accord, hors de question que ce soit toi qui aie les droits sur Millenium, Eva, parce qu’on t’aime pas.

Ah ouais c’est comme ça ? Ben y aura pas de Millenium 4 alors parce que moi je vais cacher tout ça et vous retrouverez jamais les notes de Steig mouahahaha, sujet clos.

Du coup le lectorat doit bien se faire à l’idée. Malgré les publications croustillantes d’Eva qui aime à attiser le chaland en laissant fuiter deux trois petits indices sur le contenu de l’éventuel Tome 4, c’est un peu dead pour la suite de Millenium.

Et puis un jour on apprend que Norstedts Editions mendatent un mec pour écrire la suite de Millenium.

Oh my god. Emoi dans mon bas ventre dans les chaumières. Polémique. De l’encre qui coule. Et le roman dans les bacs, tentateur. 
Que faire ?


Un phoenix nommé Salander


Pour ma part la question ne s’est même pas posée. C’était sur, que j’allais me ranger du côté des lecteurs de ce sulfureux tome 4.
Rien que pour le plaisir de voir imprimé sur une page le mot Salander.

Parce que Lisbeth Salander, à mes yeux, n’est que - rien que ça - le personnage le plus charismatique du 21ème siècle.

Fascinante.
Percutante.
Singulière.
Rare.

Exceptionnelle.

Je me sens inspirée, impressionnée, hypnotisée, à chacune de ses apparitions. La moindre de ses actions provoque chez moi de longues minutes de réflexions et j’ai souvent le cœur qui palpite à la simple évocation de son nom.

S’il est une femme que j’aurais un jour aimé incarner, après Simone Veil, ce serait Lisbeth Salander.

J’aime tout chez Salander.

Le feu qui l’anime.
Son audace.
Son physique androgyne.
Sa force mentale.
Son sens très personnel de l’éthique morale.
La maestria dans sa manière d’aborder le rapport de force.
Ses mauvaises manières.
Son énergie, lorsqu’elle décide de se lancer dans une affaire.
Ses démons, qui ne la laisseront jamais s’en affranchir.
Sa pudeur. Dans les sentiments, dans les marques d’affection. Dans les liens de ceux qui retiennent son attention.
Et surtout. Surtout. Ce qu’elle fait de sa haine.


 David Lagercrantz, le mec attendu au tournant


Dans le genre homme à qui tout le monde voulait faire la peau, en acceptant d’incarner le prolongement de Steig Larsson, David Lagercrantz a su se placer au sommet de l’échelle.
Insulté, hué, menacé dans son pays d’origine où le tollé qu’il a déclenché se rapproche du vocabulaire de la profonation, David Lagercrantz après avoir vécu plusieurs mois d’autarcie mystique pour les besoins de l’écriture, se retrouve sous les feux des projecteurs à l’international, prêt à se faire manger tout cru.

Il faut dire que l’homme diffère à 100% de Steig Larsson, binoclard peu séduisant issu d’un milieu modeste.  DL, gentleman issu de la bourgeoisie, avec son joli port de tête et ses yeux cobalt, fils de l’éditeur vedette du Le Monde suedois, ne partait pas vraiment gagnant dans le jeu du « j’incarne la prolongation de Steig Larsson parce que lui et moi on se ressemble ».

On ne peut donc reconnaître à David Lagercrantz que du courage pour avoir osé braver le triple tribunal qui l’attendait de pied ferme, tomates à la main : celui du clan Larsson, celui de toute l’intelligentia littéraire suédoise et outre-mer, et celui des hordes de fans de Millenium prêts à le passer à tabac à la moindre erreur stylistique.

Et pourtant, il suffira de lire quelques pages pour comprendre que David Lagercrantz, qui ne s’est pas démonté le moins du monde devant l’ampleur de sa tâche titanesque, a su relever le défi avec brio. En fait, c’est lui qui nous attend au tournant, maintenant.
Parce qu’il est vraiment réussi, ce tome 4, David.


Tome 4 : Ce qui ne me tue pas


Le tome 4 s’ouvre avec la découverte de nouveaux personnages dont on entrevoit les enjeux dès le premier chapitre. J’ai aimé la configuration difficile que forment leur équilibre de vie.

J’ai aimé m’enfoncer dans l’histoire de plus en plus sombre de l’enfance de Lisbeth Salander. Tout part de là. Comme si ce n’était pas déjà assez horrifique, son passé, voilà un nouveau pan qui s’ajoute au tableau de toutes ces atrocités. Un soufflet qui alimente ce feu dans la cheminée, ce feu vengeur qui se consume, qui hurle les tourments de sa haine. Tellement parfait.

J’ai aimé à l’ajout du mystère politique, le mystère humain en le personnage d’August Badler, enfant autiste, à mi-chemin entre le demeuré et le génie.

J’ai aimé me sentir inférieure.
Dans ce dédale d’organisations gouvernementales dont le grand public ne possède pas les clés et doit s’accrocher pour comprendre les intérêts transversaux.

J’ai aimé tous ces noms qui viennent du froid, toutes ses sonorités nordiques, tout ce charme baltique résonner dans mes oreilles au fil des lignes.

J’ai aimé la pudeur dans les retrouvailles entre Lisbeth et Blomkvist. Improbable duo qui marche droit, entre respect, amitié, attirance et sensualité, dont on ne saurait que trépigner d’impatience pour savoir quel tournant prendra la relation.

J’ai aimé frissonner. En le personnage de Camilla Zalachenko, la sirène maléfique.
J’ai aimé la façon dont David Lagercrantz a su s’en emparer. Mortelle, comme Lisbeth. Peut-être même pire. S’en est terrifiant.

Terrifiant aussi, cette mort innocente ajoutée au roman, pas très larsonienne. Juste pour le plaisir de s’ancrer dans le monde réel, tel qu’il tourne en 2015, émancipé des tendances candides qu’ont pu cultiver les façons de penser des décennies précédentes.

J’ai refermé la dernière page de l’intrigue avec le regret de ne pas en avoir 300 de plus à avaler. Et le vague à l’âme à la simple pensée qu’il faudra attendre encore quelques années avant de pouvoir se remettre un Millenium sous la dent, si Norstedts Editions s’applique à jouer de nouveau le jeu de l’hérésie.



Bref le roman tient ses promesses. David Lagercrantz signe carrément une prouesse et se montre indubitablement le digne successeur de Steig Larsson. Il n’y a plus qu’à espérer, comme le laisse penser l’intrigue, que Lagercrantz reprendra durablement le flambeau de Millenium pour aller butter sa gueule à Camilla Zalachenko.

A lire absolument, pour tous les fans de Millenium et ceux qui auraient l'envie de saisir le pourquoi du comment d'un phénomène littéraire.