26 juil. 2015

Sur les hauteurs




Le doigt sur le noeud névralgique, le point d'appui depuis lequel tu peux tout voir, de la mer jusqu'à la Sainte Victoire.
Mimet, le point panoramique, celui duquel se relient la vallé de l'huveaune et le pays d'aix.

25 juil. 2015

La vérité sur l'affaire Harry Quebert ◆ Joël Dicker



Parce qu’il est resté en tête de gondole dans les FNAC librairies de grandes distribution plusieurs années consécutives, La vérité sur l’affaire Harry Québert, lauréat du Prix Goncourt des lycées, du Prix littéraire de la Vocation sans parler du Grand Prix de l’Académie Française, s’affuble de la très flatteuse critique de Bernard PIVOT en quatrième de couverture.
Bon avec tout ça, franchement. On est forcément tentés de le lire.
Et à priori, on ne regrettera pas les heures passées à dévorer ses 850 pages.




Le picth  Marcus Goldman, jeune écrivain placé sur piédestal depuis l’immense succès de son premier roman, désormais riche et célèbre, patauge dans la boue et ne parvient pas à passer le difficile cap de l’écriture de son second livre. Pour se libérer de la maladie des écrivains –angoisse de la page blanche-, il fait appel à Harry Quebert, son ancien professeur de littérature, écrivain renommé, avec qui des liens d’amitiés durables se sont noués. Seulement voilà. A peine parti de son stage de coaching intensif dans la propriété de son mentor, retiré dans une petite ville du New Hampshire, la nouvelle tombe comme un couperet : Harry Quebert est arrêté pour meurtre, le cadavre de Nola Kellergan, jeune fille de 15 ans, ayant été découvert dans son jardin. La même Nola Kellergan, rayon de soleil local, adorée de tous, disparue 33 ans plus tôt, sans jamais avoir laissé de trace. Harry Quebert risque la chaise électrique. Et pourtant, des incohérences se profilent dans le dossier de son incrimination.
Qui pourra faire la lumière, lever le voile sur la vérité dans l’affaire Harry Quebert ? 




Les thèmes : 
l’amour tragique ◆ l’interdit ◆ le crime ◆ l’imposture  
◆ le milieu éditorial ◆ la vocation d’écriture ◆ les Etats-Unis  
◆ les apparences ◆ la mystification

Joël Dicker

Ecrivain français d’origine suisse d’à peine 30 ans, 27 à l’écriture de ce livre. Maman libraire, papa prof de littérature, arrière-papi homme politique.
Petit diplôme de droit, sans doute de bonnes notions de marketing. Plutôt beau garçon, habile dans l’art de se vendre, les filles lui laissent des soutien-gorges sur ses tables de dédicace. Ahem. Are you american ?


Un frenchie qui parle si bien de l’Amérique

Au vu de la couverture du roman, du nom de l’auteur, du style d’écriture, j’étais sure que le roman, était 100% made in America quelque peu dans la lignée du très creux, très cliché Demain est un autre jour de Lori Nelson Spielman et que la pauvreté littéraire des mots, c’était du à la mauvaise qualité de la traduction. Mais non. Non, non. L’auteur est bel et bien francophone. Un petit suisse qui nous brosse un portrait des US tellement accurate qu’il nous bluffe, au jeu des apparences et des impostures. Tout comme les personnages de ce roman.

Crédibilité des personnages

D’ailleurs, au niveau des personnages, on est plutôt bien.

On s’attache assez rapidement aux travers de Marcus Goldman, sans doute une sorte de miroir de la personnalité de Joël Dicker. J’ai particulièrement aimé ses questionnements, sa façon de tâtonner les choses de la vie pour les découvrir, son incroyable émancipation de l’horripilant Le Formidable, passage que j’ai trouvé particulièrement réussi d’ailleurs.

Il est difficile de ne pas tenir en respect le personnage d’Harry Quebert. Plein de bon sens, de sagesse, touchant, énigmatique, ses conseils sur l’écriture sont particulièrement pertinents et avouons qu’il est un peu le genre de professeur qu’on aurait tous rêvé d’avoir. Je dirais même N#2 au palmarès, derrière John Keating (Le cercle des poètes disparus).

On s’attacherait même à des personnages secondaires.
Gahalowood, le sergent bougon qui rechigne à apprécier Goldman en public.
Robert Quinn, l’homme gentil, balourd et malheureux.
Barnaski et Roth, éditeur et avocat, deux ordures ménagères à scandale.

Mais les personnages féminins sont plutôt ratés.

Jenny Quinn, la soumise. Triste toute sa vie. L’a ratée en allant à l’opposé de ses envies initiales, par lâcheté plus que par amour pour Harry qui la rejette inlassablement. 
Tamara Quinn, l’invivable. Manipulatrice, castratrice, ambitieuse, autoritaire. Ses passe-temps préférés ? Se faire mousser, humilier les autres et courir pleurer chez le psy « pourquoi je suis si méchante » ? Crédibilité zéro pour le fond du personnage.
La mère Goldman, à tuer à coups de pelles. Outrageusement emmerdante.

Mais surtout…

Nola Kellergan 

Ange ? Manipulatrice ? Niaise ? Courageuse ?
On nous la dit très spéciale, fascinante, extraordinaire. On ne nous le prouve pas.
Tout le monde veut la déshabiller. Parce qu’elle est jolie, parce qu’elle est blonde. Mais il suffit qu’elle ouvre la bouche pour vous en faire passer l’envie. Nola Kellergan, l’affligeante.
Ses seules ambitions ? Faire la cuisine et le ménage pour Harry Quebert, danser sous la pluie et nourrir les mouettes. Ahem.

Moi je l’ai trouvée sans substance.
Tout ce tapage autour de Nola, N-O-L-A, N-O-L-A, ça en devient ridicule.
Petite Cosette, petite Agnès Dempster (Folie d’une femme séduite de Susan Fromberg Schaeffer). Les 850 pages du roman nous brossent un portrait tour à tour oie blanche, puis petite dévergondée (comme si on ne pouvait être que d’un bord ou d’un autre) pour au final camper la vision étriquée et quelque peu sexiste d’une gamine de 15 ans, personnage qui aurait largement eu le mérite d’être bien plus profond, de par la singularité des choix qu’elle a fait durant sa courte vie.  
Naïve, mièvre, perdue, idiote, déterminée, pénible.
Non, décidément. La sauce ne prend pas.

Mièvreries pour amour

 La merveilleuse histoire d’amour, au centre du roman, parlons-en. Ô mon amour je vous aime parce que vous êtes un graaaaand écrivain, vivons notre vie ensemble, Harry chéri. C’était tellement mièvre. Tellement gratuit, en quelques sortes. L’amour au premier regard, même si tu as le double de mon âge, les tremblements, les auto-flagellations, les soupirs exacerbés pour rien. Ça transpire l’artificiel, Joël. Au fond, tu ne maitrises pas l’écriture des histoires d’amour. Manquerais-tu de vécu ? La femme serait-elle encore un épais mystère pour toi ?

Le règne des apparences

Du petit village d’Aurora, au NYC moderne, ce serait un peu partout le jeu des apparences, dans ce roman. Entre ceux qui oeuvrent et intriguent pour leurs petits intérêts personnels, difficile de se faire une opinion, 30 ans après les faits, sur le bien fondé, les bonnes mœurs, les bonnes intensions des personnages. Qui est honnête, en fin de compte ?

Façon Desperate Housewives, un peu. Il se cache tant de choses sous le vernis lisse de la perfection. Prête à tout pour sauver les apparences, cette Amérique qui joue les rapports de force, qui se menace, qui se dénonce. C’est quand même un minimum gerbant, cet état d’esprit. 

De l’importance de l’imposture

Au cœur de ce roman, le sujet central : l’imposture, dans la lignée des apparences.
C’est bien simple : tout le monde ment, tout le monde triche. Les secrets sont lourds, pesants. La moralité est ailleurs. Le rapport à la réalité, biaisé. Une double lecture des éléments, des personnages est nécessaire.
Ce qui permet des appels d’air, donne encore plus d’élan au récit, bâti comme un thriller.

De rebondissements en rebondissements

Joël Dicker maitrise à la perfection la construction d’un récit. L’écrivain structure habilement ses chapitres, et le lecteur ne se perd pas un seul instant dans le labyrinthe du temps qu’il nous fait franchir, à coup de flash-back au sein de deux histoires parallèles.
Du point de vue du suspens, j’ai adoré. Les évènements s’enchainent avec brio, le rythme est soutenu, aucun temps mort, quand y a plus lieu d’avoir des surprises, y en a encore.  Coups de théâtre, ascenseurs émotionnels, fausses pistes. Jusqu’au dernier moment, tu ne devineras certainement pas qui est l’assassin. Et en ça, on ne peut que saluer le talent de Joël Dicker.

Le livre dans le livre

 L’aspect qui m’a sans doute le plus plu. Au travers de l’intrigue policière, l’auteur décortique également les étapes de création d’un bon roman, du processus d’écriture au processus de vente. Des méandres de sa conception ( les 31 règles d’écriture d’Harry Quebert distillées à son élève, très intelligentes, beaucoup de sens, qu’utilise ingénieusement l’auteur pour chapitrer son roman) jusqu’aux réalités de sa publication, au cœur de la gerbante machine éditoriale américaine. Les difficultés rencontrées par l’auteur, solitaire devant sa page blanche, en état constant de doute, les difficultés à se faire entendre par les médias, qui excellent dans l’art de déformer intensions comme propos.

Bien qu’il ne s’agisse que globalement d’un point de vue très américain, (la littérature vue comme un produit marketing, financier), le lecteur est confronté en première ligne à ce qui lui paraît forcément facile, lui qui n’a pour tâche que l’ouverture de la première page, et le privilège du jugement lapidaire ou élogieux selon son bon vouloir du roman qu’il vient de mettre quelques heures à lire. Et ça, c’est quelque chose qu’on ne trouve pas souvent dans les livres.

Alors bravo, Dicker. En ça tu as fait preuve de talent.


Mais le Grand Prix de l’Académie Française, on en parle ? 

Non parce que moi j’avais cru qu’on décernait ce prix aux grands écrivains, aux génies littéraires, aux Merlins l’enchanteurs des mots. Mais non. La vérité sur l’Affaire Quebert, s’il témoigne d’une bonne maitrise des schémas narratifs et des lois du bon thriller, indubitablement, c’est pourri pas très qualitatif du point de vue du style d’écriture pour rafler le plus prestigieux prix littéraire français !
Alors il s’est passé quoi Joël Dicker ? Pots de vin ? Séances d’hypnoses ? Morts dans la concurrence ? Papa est un ami du jury ? Mystère.


Alors voilà, sache qu’a l’ouverture de ce livre, oui tu seras pris dans l’engrenage. Oui, tu ne pourras plus t’arrêter. Oui, tu repousseras le moment du coucher, oui tu ne pourras plus le lâcher. Oui tu voudras savoir La vérité sur l’affaire Harry Quebert. Et en ça, Joël Dicker ne peut qu’être félicité.

Mais quelques exaspérations sont au rendez-vous au cours de ces 850 pages. Notamment le vide dans la personnalité de son héroïne principale, Nola Kellergaman, dont aurait presque envie de pardonner le meurtre à son assassin (ce en quoi je rejoins totalement l’avis de Bernard Pivot).

Mais La vérité sur l’affaire Harry Quebert reste un livre prenant, surprenant, structuré, intelligent, écrit par un jeune auteur qui plus est, ce qui constitue un pied de nez au milieu parfois très oldschool et corseté de la littérature.

Moi, je recommande.  
Livre avalable en deux nuits.




24 juil. 2015

La femme au tableau




Dans le genre récit ascenseur émotionnel, il est nécessaire de se laisser séduire par La femme au tableau.
Sauf que pour ma part, j’ai du prendre des cachets pour dormir tellement le film m’avait raclé profondément les tripes révolté dans sa dernière seconde.

La femme au tableau, c’est avant tout une histoire vraie.  Celle d’une vieille femme, Maria Altmann, héritière d’une famille bourgeoise propriétaire d'un des plus fameux tableaux de Klimt, confisqué par les nazis cinquante ans plus tôt. A l’aube de ses vieux jours, réfugiée dans sa banlieue cossue de Los Angeles, elle décide d’employer un avocat et de tout mettre en œuvre pour récupérer le portrait d’Adèle Boch Bauer, quitte à remuer toute les souffrances du passé et à s’en prendre à l’Etat autrichien.


 " Quand vous voyez ce tableau, vous y voyez un chef d'oeuvre peint par un des plus grands artistes autrichiens. Moi, j'y vois un portrait de ma tante. "

Moi, j’ai adoré.

L’élégance esthétique qui jalonne le film. Le soin porté aux décors, aux costumes. Le magnifique grand appartement viennois et son ambiance tourbillonnante.

Les multiples flashbacks des années 30.

Le train de vie en grande pompe de la famille ashkénaze.

La diversité chez les juifs dans la façon d’appréhender ce qui allait leur tomber dessus, entre ceux qui pensaient que l’Autriche ne laisserait jamais les nazis leur faire du mal et ceux qui avaient déjà senti le vent tourner et s’étaient enfuis avant leur arrivée.

La montée du nazisme vécue de l’intérieur. Le réalisateur rythme parfaitement sa progression au sein de la vie de ses personnages.

J’ai eu la sensation pour la première fois de prendre vraiment la mesure de l’horrible histoire de l’holocauste. Peut-être parce que ce coup-ci il s’agissait d’œuvres d’art, et d’une jeune fille de mon âge.

Le réalisateur se sert de la fuite éperdue de Maria et Fritz pour peindre un tableau de l’occupation autrichienne nazie. Les civils, dans les rues. Les pro-nazis, les anti-nazis. Il y a ceux qui les aident, et ceux qui les dénoncent. A parts égales. 

J’ai aimé cette subtilité, toute en nuances. Comment juger d’une seule voix de tout un peuple, regroupés sous un seul nom pour des actes si différents ?  

Le grand appartement viennois de l'enfance de Maria, c'était celui où sa tante Adèle tenait ses salons mondains. S'y croisaient Klimt, Kokoshka, Schtrauss, Freud. Bref, toute la nouvelle vague de la Sessession Viennoise. 

A son mariage, la moitié de Vienne était présente. Un an plus tard, elle essuie les coups de feu, forcée de s'échapper pour vivre.

Alors, on comprend. On peut comprendre que Maria puisse leur en vouloir. A son pays, pour l’avoir chassée. A son pays, pour ne jamais l’avoir rappelée. Reviens, c’est fini. La guerre est finie. Reprends ce qui t’appartient. Non, jamais. Toute sa fortune, tous ses souvenirs, laissés sur place, relégués aux temps heureux du passé. 

J’ai aimé.

La récurrence du langage allemand, utilisé à toutes les sauces dès que possible.

Le couple détonnant Helen Mirren/ Ryan Reynolds. L’un, lointain, effacé, peu sûr de lui, mu par des motivations incertaines et l’autre, casse couille notoire qui veut mener son monde depuis la hauteur de ses certitudes bordées de Strudels.

Le personnage d’Helen Mirren (prestation éblouissante pour l’actrice anglaise) âgé, oscille entre vieille dame meurtrie et monstre de caprices (un peu comme ma grand-tante Yeranouhie).
On la comprend, on compatit tout autant qu’elle nous tape sur le système. La vieille femme qu’elle est devenue, aigrie, contradictoire, avec ses sautes d’humeurs absurdes peut rapidement devenir soulante.
Et ça, c’est pénible. Quand le personnage principal ne fédère pas autour de lui. Je l’ai trouvée trouble dans ses motivations.

Tout autant que l’avocat, gentil jeune papa fade, insipide et timoré, qui, lui aussi issu d’une grande lignée (petit fils de Schtrauss !) n’arrive pas vraiment à lui faire honneur. Inutile de mentionner Katie Holmes, empêtrée dans un rôle de pot de fleur décoratif.

Mais les personnages ashkénazes sont juste complètement parfaits. Du père (aux faux airs orientaux de mon grand père arménien) avec son violoncelle, au mari (Max Iron en chanteur d'opéra, graouh), en passant par la très convaincante Tatiana Maslany, sans oublier l'énigmatique Tante Adèle.
La symphonie prend merveilleusement bien.

J’ai aimé le cas de conscience fait en le personnage du journaliste (Daniel Brühl, le plus germanique des hollywoodiens), qui, ayant découvert que son père était nazi, cherche à tous prix à réparer les torts de sa lignée.

J’ai tremblé.
J’ai tremblé pour la scène de la pharmacie. De tout mon corps. Tellement terrifiant.

J’ai pleuré.
J’ai pleuré pour la déchirure. Déchirure familiale, déchirure sociale, déchirure identitaire.
 J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Je me suis rappelée qu’une histoire similaire avait du arriver à mes arrières grands-parents. Je me suis rappelée que moi aussi j’étais enfant d’immigrés, issue à des lointains degrés d’un peuple ayant souffert lui aussi.

J’ai réfléchi.
Toute la nuit. Sur le sens de la famille. Sur le drame de la migration forcée. Et surtout, sur le sens de l’art. Sa place dans l’histoire. Le mutisme de son véritable propriétaire, l’artiste.   

Attention, si comme moi toi aussi tu vénères Klimt, sache que, moins qu’un support, il n’est absolument pas le sujet de ce film. Le vrai sujet du long-métrage, c’est la spoliation des biens par le régime nazi.

Tremblé, pleuré, réfléchi.
Un bon film, donc.

Et bien pourtant, non, pas tant que ça.

La dernière seconde du film m’a tout bonnement ulcérée, et violemment.




SPOILERS & DEBAT.
Le dénouement.




J’ai pleuré, tellement pleuré pour les deux scènes finales.
L’adieu à ses parents. Qui vont mourir, elle le sait. Les derniers mots qu’ils lui disent. De ne pas les oublier, eux. De ne pas oublier son identité à elle. De ne pas oublier l’Autriche, où ils ont su bâtir leur fortune. J’ai dégouliné de pleurs, le souffle court.

Et puis, la scène finale. C’était beau, cette transposition. Maria, désormais vieille, se mêle aux fantômes de son passé, revit ses bonheurs dans le grand appartement viennois.

Puis vient la dernière seconde. Celle où l’on nous explique ce qu’elle a fait du tableau, que la jurisprudence lui a permis de récupérer, pour en disposer selon ses vœux.

J’ai cru, pendant tout le film, qu’elle le laisserait au Belvédère de Vienne. Que Maria Altmann était une grande femme pleine de mansuétude. Qu’elle saurait se réconcilier avec le passé, qu’elle ne déroberait pas l’Etat autrichien de sa Mona Lisa. Qu’elle avait compris qu’issue d’une riche famille rentière, ses possessions n’avaient pas la même résonance que n’importe qui. Qu’a grand pouvoir, grande responsabilité.

Mais non. Au final, Maria Altmann n’était qu’une femme particulièrement pingre.
Mode J’y peux rien si ma famille était mécène. Ben oui, c’est pas ma faute si j’ai permis plus ou moins à toute la Sécession Viennoise de se retrouver et de créer chez moi. Rendez-moi mon argent.
Ça c’est bien un raisonnement à la con. Monétisation de l’art et du spirituel. Capitalisme outrageux. A gerber. Ta famille a permis quelque chose de bien pour l’humanité. Et tu n’es pas capable d’en faire autant.

Le problème n’est pas qu’elle récupère son bien qui lui revenait de droit. Ce bien est certes le sien en terme de valeur, mais appartient à l’Art, et se doit de pouvoir se maintenir aux yeux de ceux qui savent le décrypter.
C’est pas comme si tu voulais récupérer ton chandelier. Un tableau, une peinture, c'est une dimension toute autre.

Qu’elle attaque en justice les banques, qui se sont servies sur la riche somme que possédait son fortuné oncle, qu’elle mette tout en œuvre pour récupérer le collier de sa tante Adèle, et même l’hôtel particulier de Ferdinand, qui lui reviendrait de droit, ça oui.
Mais pas le tableau. Pas comme ça.

A mes yeux, le vrai propriétaire du tableau d’Adèle Bloch Bauer, c’est Gustave Klimt. Et la vraie question ce serait plutôt, qu'aurait voulu Gustave Klimt ? Je te le donne en mille : pérenniser son art, et laisser l'Etat Autrichien lui rendre le plus beau des honneurs : en faire un joyau culturel et identitaire de la nation.  

Je ne comprends pas. Que l’Europe entière ne se soit pas opposée au départ de ce tableau de son territoire. Je ne comprends pas qu’une fois de plus ce sont les USA récoltent qui portent fièrement en étendard autour de leur cou les trésors de notre histoire.
Comment les USA peuvent avoir autorité sur un Etat. Comment personne n’a pu faire en sortes de rester souverain dans son droit le plus fondamental.

Ne me servez pas l’argument de la justice. On le lui a rendu, son tableau. Il était de nouveau sien. Elle n’avait pas besoin de le poser sur la cheminée de son appartement vide durant les trois ans qu’il lui restait à vivre. Elle aurait pu réclamer une somme versée pour son prêt, une part du billet d’entrée, et la totalité de la somme des ventes de tous les produits dérivés à l’effigie du portrait de sa tante Adèle. Mais non, elle a préféré le ramener aux USA tout ça pour qu’il finisse dans une vente aux enchères ouais, ouais tu as voulu le récupérer par soucis de justice et soit exposé dans une minuscule galerie de New York.

Par ce geste, selon moi, Maria Altman a fait preuve d’un manque d’élégance affligeant, faisant du tort à sa famille, à la communauté juive, à sa nation d’origine et plus grave encore à l’art en général.

A mes yeux, Maria Altman a bridé Gustave Klimt. Et ça, c’est impardonnable.

Et donc, à cette seconde même, tout change.
Le personnage de Maria Altmann qu’on nous avait présenté comme élégant, raffiné, blessé, fier, change du tout au tout.

La réalité rattrape la poésie de la fiction, la beauté du sentiment et les idées reçues, clichés sur les ethnies s’avèrent finalement vraies dans ce film.

Maria Altmann n’était au fond qu’une femme avare, calculatrice, caractérielle et teigneuse et à mes yeux, au vu de ce qu’elle en a fait, elle aurait mérité une restitution posthume de ses biens.

Je me suis couchée avec un ulcère.
On passe un bon moment, pour les belles images, pour les émotions et pour la réflexion que le film occasionne. Le thème de la migration forcée invite à se pencher plus sérieusement sur son actualité très médiatique en 2015. 

Mais la chute dans mon cas s’est avérée violente. En même temps, je me suis sentie directement et profondément concernée, sur le devenir de l’art en général, et sur le poids de ses appartenances, d’autant plus que putain je projetais un voyage à Vienne pour aller voir de mes yeux les plus beaux Klimt, mon peintre préféré.

Bref. Une de mes plus grosses déceptions sur le genre humain historiques, mais pas filmographiques.

En apprendre un peu plus sur cette incroyable histoire, et sur la gestion du passé nazi par l'Autriche : ici 

Yourtes d'Ardèche

yourte d'ardèche nadège

yourte d'ardèche nadège
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Dans le genre week-end atypique à tester, il y avait bien longtemps que dormir dans une yourte figurait parmi les premières lignes de ma liste des nuits insolites à vivre.

Le concept a clairement le vent en poupe depuis quelques années et les maisons d’hôtes / locations de yourtes fleurissent désormais dans toute la France.

Charme, originalité, découvertes.
Mais outre l’effet je-suis-partie-faire-un-tour-en-Mongolie, dormir dans une yourte c’est aussi l’occasion de s’ouvrir à un autre type de tourisme : l’éco-tourisme.

Moi, j’ai atterri chez Nadège, le temps d’un week-end, en Ardèche, niché quelque part en rase campagne, à quelques minutes de Valence.

Infos pratiques 

Les yourtes de Nadège, c’est 2h30 en voiture depuis Marseille, 1h15 depuis Lyon.

Deux types de prestations te sont proposés :
◆ la Yourte avec piscine
◆ la Yourte nature, champêtre

Fais ton choix.

La procédure est simple : un petit coup de téléphone à Nadège pour fignoler date et tarifs de ta réservation. Cette dernière t’envoie un petit PDF, qui, s’il peut paraître strict au premier abord, n’est qu’une énonciation de bon sens et de précisions qui t’annoncent la couleur du séjour.

Une fois tes intentions de séjour validées, Nadège t’envoie l’itinéraire à suivre. Comme c’est assez perdu dans la nature, ses petites yourtes, le GPS a du mal à les localiser, il faut se fier à ses indications pour trouver le lieu.
Donc attention, charge ta batterie (tu auras besoin de lui téléphoner) et retire de l’argent : ici tout se paye en cash.


L’Ardèche

Depuis la région, plutôt très rurale, de nombreuses activités sont à découvrir, de la randonnée pédestre à la visite de châteaux.
Le Rhône, depuis toute sa majesté, berce la région de ses affluents, se déverse en gorges, cascades, larges étendues fluviales, pour le plus grand bonheur de ton appareil photo.
Grottes préhistoriques, beffrois médiévaux, canyoning et sports extrêmes : l’éventail des choix ratisse large, ce qui en fait une région très France-profonde particulièrement agréable à visiter.


La vraie yourte mongole 

Ici, tu auras le privilège d’habiter de vraies yourtes mongoles que Nadège démonte en hiver et remonte à la pleine saison.
Matériaux 100%  naturels made in le pays des hautes steppes. Les poutres de bois, totalement peintes à la main, enserrées de cordes tissées en crin de cheval, soutiennent la tenture typiquement ornée de motifs traditionnels.

Sans clou ni vis, les éléments s’encastrent les uns dans les autres à l’aide de nerfs de yacks séchés, et la yourte tient sur ses pieds depuis un système très ingénieux de clef de voûte, rendant les poutres centrales inutiles, mais présentes pour le folcklore.   

Ambiance je-suis-partie-à-l’autre-bout-du-monde.
Déconnexion assurée.
Dépaysement garanti.


L’équipement du site

Une piscine. Exclusive. RIEN-QUE-POUR-TOI. Jolie, agréable. Ni trop grande, ni trop petite, avec fond variable t’as pieds / t’as pas pieds, et épuisette pour enlever toutes les bestioles à pattes qui viennent s’y suicider.

Au bord de la piscine, 6 transats. Deux petites tables en fer, une grande tablée sous la tonnelle, ainsi qu’une balancelle à deux places, outrageusement cosy. 

Apero time ?
Un four. Un frigo. Un congélateur. Et même un barbeuc.
Que demande le peuple ? Très belle soirée en perspective.
Attention, c’est assez spartiate en terme d’équipements assiettes-verres-bols-couverts. Prévoir tire-bouchon, verres à pieds et ramequins pour apéro digne de ce nom.


Trempoline & belle étoile

Le plus assez insolite, c’est le trempoline. Si toi aussi tu n’en avais pas fait depuis tes 10 ans, c’est l’occasion d’y remédier, et de tester ta confiance en la gravité. Jouissif.
L’astuce boho-chic : deux coussins, on s’allonge dessus et on regarde les étoiles… Instant fabuleusement romantique poétique.


Tranquillité olympique

Pas un bruit sur le site, si ce n’est le clapotis de l’eau, le chant des oiseaux et les lointains aboiement du chien des voisins, à six pâtés de maison. Bon et le moteur de la piscine, aussi, c’est vrai.
Mais ce côté nature, silence : A savourer pleinement sur un transat, avec bouquin et cocktail.


Aventures en toilettes sèches et douches solaires

Ça, c’est la partie qui pique un peu.
Le maître mot : économies d’eau. Par un système simple mais contraignant, se servir de l’eau nécessite d’ouvrir plusieurs robinets pas forcément placés à proximité.
Les sanitaires ici, ce sont deux cabines séparées d’une pièce de bois.

La douche solaire
Welcome to the concept douche sans rideaux avec vue sur les oiseaux.
La pression du jet d’eau, variable, c’est pas celui de la maison, hein.
Nadège met à disposition ses produits bio, gel douche et shampoing, et te demande de n’utiliser qu’eux, histoire de ne pas polluer ses sols.
Personnellement j’aime assez les sensations du contact avec la nature, j’ai trouvé même agréable cette douche avec vue, un peu à la tahitienne, alors ça ne m’a pas fait peur.

Les toilettes sèches
De plus en plus en vogue notamment dans les festivals de musique, le concept peine tout de même à entrer naturellement dans nos mœurs. Il faut dire que c’est assez déroutant de pisser sans cloisons autres que la haie de jardin, depuis laquelle tu entends des bruits de feuilles écrasées par un oiseau rodeur, de telle sortes que tu aurais plutôt l’impression qu’un mec que tu imagines forcément à moustache et bedonnant cherche à avoir vue sur ton spectacle.

Des stores en fines lattes de bois protègent ton intimité, mais honnêtement, quand tu les déplies y a des lézards qui sortent c’est globalement mort pour la pudeur.

Essayer d’y aller la nuit constituera l’apogée de ton moment déroutant.


La nuit dans la Yourte

Une yourte mongole, c’est conçu pour résister aux intempéries, originellement habitats de montagne par -40° l’hiver.

Aussi, la lumière ne filtrera pas d’un centimètre une fois la porte de la yourte fermée, donc si tu veux profiter de la matinée, pense à mettre un réveil, sinon c’est le piège, tu peux dormir jusqu’à midi.

Niveau isolement thermique, la yourte s’adapte à son environnement.
De sauna aux pleines heures de canicule, les degrés chutent à la tombée du jour, autant dans la yourte que dans l’air ambiant.

Moi, j’ai même eu froid la nuit, et j’ai été ravie d’avoir embarqué dans mes valises un plaid polaire, celui dans lequel je m’enroulais au cours des longues soirées de Janvier.  Ben oui, l’Ardèche, c’est comme un peu comme le désert les Alpes, trop chaud le jour, trop froid la nuit.

L’isolation sonore, c’est pas trop ça. Mais le lieu n’étant pas bruyant, aucun problème de ce côté la. Pour plus de folcklore, chercher sur son iphone des videos de meutes de loups hurlant à la pleine lune.

Dans la yourte, pas de luminaires. On s’éclaire à la bougie, disposées stratégiquement le long des points cardinaux. Ambiance poético-boho-cosy garantie.

Et parce qu’on ne peut tout de même pas survivre en 2015 sans électricité, une petite prise de courant est cachée dans la yourte, histoire de pouvoir recharger son iphone sans trop stresser.

Curieusement, aucun problème de moustiques. A croire que ce nuisible est un mythe en Ardèche. Le combo humidité + chair fraiche + lumière aurait pourtant eu tous les atouts pour les séduire.


Conclusion 

Tout dans les Yourtes d’Ardèche est pensé de manière à faire vivre à son visiteur un séjour atypique, ainsi qu’une véritable déconnexion du mode de vie urbain. Et en ça, c’est très réussi. Tout est agréable dans ce charmant coin de paradis. Oui, j’ai bien dit paradis. Tout n’était que luxe, calme et volupté.

Quelques bémols cependant sur la prestation.

L’espace
Même si ton espace perso, isolé, est délimité par des haies, il te reste en tête cette incertitude, celle de ne pas vraiment savoir si tu es seul. A l’écart sans l’être, pas très loin de la maison de la prorprio, n’ayant pas eu la possibilité de visiter le site en entier (Nadège s’y oppose), ne connaissant pas vraiment ses délimitations, tu te demandes forcément où se cachent les autres yourtes, qu’il ne t’ai pas permis de voir. Frustrant. Et puis, comme tu ne sais pas d’où le danger la faune peut survenir, tu sursautes au moindre bruit.
Moi, j’aurais voulu en (sa)voir plus.

Le temps
Préférer la location sur plusieurs jours.
La location à la journée est très frustrante. Arrivée à 16h, départ à 12h, on a peu le temps de profiter du site, au final, ce qui est assez con et bien dommage, à l’image de la sympathie de Nadège, rapide et fluctuante.

Notons tout de même un rapport qualité/ prix raisonnable.
Ainsi qu’un séjour déroutant, atypique, insolite.
Et… une piscine rien qu’à toi pour toi tout seul.
Par 35° à l’ombre, c’est cool.

Moi, je recommande.




Yourtes d'Ardèches

Nadège D'indy, 1140 route d'Etables, 07300 ETABLES
Informations & réservation : 06 23 02 23 48
http://www.location-yourte-ardeche.fr/