28 févr. 2015

La parenthèse gazan



Paris, 14ème. Glacière. Alésia. Denfert-Rochereau. Place d'italie.

Nouvelle Zélande. Syrie. Toulouse. Cremone.

Des vers, des nus, des architectes, de l'esperanto, des flageolets au thon, des nuages. Et l'accent italien.

Ma folle expérience de Février.
Merci à Costanza, Zélie et Luc.


22 févr. 2015

Jeff Koons : Rétrospective




Il fait les têtes d'affiches partout. On le compare à Warhol. On le dit le nouveau Dali. Il fait polémique. Tout le temps. Admiré, décrié, sur le marché de l'art comme dans les magazines, Jeff Koons peut se venter d'avoir saisi la pleine attention du public.

Et d'avoir atteint des records aussi. Dont celui de l'artiste le plus cher de son vivant de toute l'histoire du marché de l'art. Pas trop mal comme titre, Mr Koons. Comment vont les chevilles ?

Sans grande surprise, c'est le Centre pompidou qui s'y colle. Bim, organisation de la première rétrospective majeure sur l'art de Jeff Koons en Europe. Succès fou, le public se précipite, et le musée enregistre des records de fréquentations.

L'exposition retrace donc, à grand renfort de prêts venus des quatre coins du monde occidental, sous un fil conducteur chronologique, l'oeuvre et l'art de Jeff Koons depuis ses débuts dans les années 80 jusqu'à nos jours.


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Peut-être que comme moi, tu ne connais que très peu Jeff Koons. Auteur du gros chien de fleurs à l'entrée du Guggenheim de Bilbao, plasticien à l'honneur de nombreuses couvertures de Beaux Arts magazine et mec ayant fait entrer dans la culture visuelle le homard pendu en 2003. Pour moi, ça n'allait pas plus loin.
Mais non, les enfants, Jeff Koons c'est bien plus que ça.

Avant tout, Jeff Koons est une âme éclairée. Partir une après midi dans ses oeuvres, c'est s'ouvrir à toute une ribambelle de questions pas connes du tout.

Corrélation entre ascension sociale et respiration, souffle. Opposition cultures de masses, cultures ellitistes, questionnements sur les représentations sociales, les formes et les matières, l'univers de Koons peut s'avérer déstabilisant.

Ce qui m'a perturbée, premièrement, c'est cette obsession des codes du monde de l'enfance. Omniprésents dans son oeuvre, Koons moule, peint, sculpte, détourne des objets innocents, qui dégoulinent de mignonerie et viennent cottoyer de très près ses obsessions sexuelles, sa psyché plus adulte.

Deuxièmement, sa série Made in Heaven : ses mises en scènes avec la Cicciolina. D'accord Koons se kiffe. D'accord, il peut : Koons est un beau gosse, actif sexuellement. D'accord Koons veut le montrer. D'accord Koons se tape ostensiblement une star du porno italien de l'époque. Mais dans ses choix de photos, pourquoi privilégier la pornographie crue à l'érotisme flou ? Quelle provoque. Tu en es choqué, mais tu en ris tellement.

Troisièmement, le manque d'esthétisme dans les choix de ses dialogues avec les objets. Pourquoi un chaton sur une corde à linge, pourquoi un cochon avec des enfants sages, pourquoi Michael Jackson et un singe, pourquoi tant de kitsch ?

Mais au delà de ça, Koons se réinvente à chaque série et sait aussi très bien s'y prendre pour fasciner.

J'ai adoré la série Equilibrium. Inlassablement, tu te prends à tourner autours de ses ballons flottant dans l'eau salé, le formol, un truc un peu WTF imaginé par le prix nobel de physique Richard P. Feynman, bien décidé à garder le mystère sur son procédé créatif. Puis très smart, cette corrélation entre l'ascension sociale observée par le sport au travers des pubs nike et l'idée même du souffle, questionnée par la réinterprétation d'objets évoquant l'air coulés dans le plomb.

Je n'ai pu qu'approuver Balloon Dog. Oeuvre d'art la plus chère de toute l'histoire du marché de l'art, on ne peut que reconnaitre que c'est original et plaisant à regarder, ces formes enfantines sur cette surface chromée. Il l'a moulée en cinq exemplaires, en pensant à son fils, qu'il ne voyait plus depuis son divorce avec la Cicciolina.

J'ai surkiffé la petite réflexion publicitaire, et ses vérifications. En prenant le métro, Koons s'aperçoit que le ton des publicité diffère selon les stations. Pour vendre un produit estampillé classe moyenne, on passe forcément par un visuel figuratif. Pour vendre un produit CSP++, on hésite pas à recourir à des formes plus abstraites. C'est vrai. Maintenant, je vais y faire attention tout le temps, partout. Merci Mr Koons.

J'ai souri devant Antiquity. Des compositions absurdes, sur lesquelles on dessine des vagins (et pas des bites, pour une fois !), juste pour faire un clin d'oeil à L'origine du monde de Courbet. Parce que "la sexualité, c'est l'objet principal de l'art", nous dit-il.

Je suis tombée en pâmoison devant Gazing ball. La plus esthétique de toutes ses séries, Koons reproduit par moulage des chef d'oeuvres du Louvre en y apportant sa touche, cette sphère bleue électrique en équilibre sur la statue grecque. Effet saisissant.

Mais que de perplexité face au reste.
Le clou du spectacle de l'absurdité étant pour moi... Le hulk- orgue.
Alors, Jeff Koons ? Génie ? Agitateur ? Imposteur ?
Un peu de tout ça à la fois ?

L'exposition Jeff Koons, te déleste de 13€ pour te remplir de curiosité, de réflexion, d'indignation, d'admiration.
Bref, une bouffée d'art. D'art contemporain de qualité.
Moi, je valide.

Tu ressors en te disant "ben, c'est déjà fini ?". Tu voulais continuer à t'étonner devant une nouvelle série d'oeuvres insolites.

Du coup, moi j'ai plutôt envie d'en savoir plus sur toi, et sur le trouble que tu sèmes, Mr Koons le fallacieux.
Pari réussi pour cette exposition.




Jeff Koons : Rétrospective
26 novembre 2014 – 27 avril 2015
Centre Georges Pompidou, Galerie 1 
Place Georges Pompidou, 75004 Paris

20 févr. 2015

Xin nian kuai le, peng you !



新年快乐 !


Leonard et Salaï.





Vraiment.
Si tu avais pu voir la délicatesse avec laquelle j'ai posé mes doigts sur cet album, tu aurais eu un tel sourire en coin, Benjamin...

Enfin entre mes mains Leonard et Salaï, travail de l'éminent Benjamin Lacombe, un de mes illustrateurs préférés.

Benji (je peux t'appeler comme ça, j'ai ton livre entre mes doigts, ça fait de toi un de mes proches, désormais) ne nous avait pas vraiment habitués au format BD. Ni à des thèmes aussi adultes, d'ailleurs.

Par cet album, * il salaïno, le premier d'une série de deux albums, Benji questionne notre regard vis à vis de l'un des plus grands génies de tous les temps : Leonard De Vinci.

On le savait toujours bien entouré, Leonard. Friand de la compagnie des jeunes hommes. En marge des esprits de son époque, quelle était pourtant sa vraie vie véritable ? Comment a-t-il vécu, aimé, souffert ?

Au travers de cet album, Benji place son action au coeur d'une Florence qui honore déjà l'esthète De Vinci et se plait à donner vie à son idylle avec Salaï, (le modèle derrière le visage du St Jean Baptiste au doigt levé).

Entre l'instable climat politique de la Florence de la Renaissance, les rivalités avec Michelange et le contexte délicat de ses amours illicites, Benji dresse un portrait sage de Leonard. Calme, végétarien, sûr de lui, égoïste et opportuniste, loin du vieillard à longue barbe un peu fêlé qu'on a facilement en tête à l'évocation du nom De Vinci.

Sans forcément adhérer à 1000% au design caractéristique des visages du style Lacombe, il me parait juste impossible de ne pas tomber littéralement sous le charme de cet album de grande qualité. Epaulé par le crayon de Paul Echegoyen, la finesse du trait, la richesse des plans, la sobriété de la gamme chromatique, l'esthétique lente et planante qui se dégage de ses pages sont à couper le souffle.

J'ai particulièrement adoré les recherches faites en amont, pour transposer le trait 2015 en trait Renaissance par le prisme des images connues qui nous arrivent, plusieurs siècles plus tard, dans les musées sous le cartel estampillé "Leonard De Vinci".

Vivement la suite, les mecs.
Chapeau bas, Benjamin Lacombe et Paul Echegoyen.

11 févr. 2015

L’art de l’amour au temps des geishas.



Au détour d’un couloir du métro, une affiche bleue t’apprend qu’il se trame du scandale à la Pinacothèque de Paris cette saison.

Une double exposition, dans la grande tradition de ces cycles d’arts érotiques, met en corellation l’érotisme au Japon Vs l’érotisme en Inde. Coolitude en perspective.

Arrivée trop tard pour éprouver le tapageur Kama Sûtra, spiritualité et érotisme dans l’art indien, je te livre mes impressions sur L’art de l’amour au temps des geishas : les chefs d’œuvres interdits d’Utamaro à Hokusaï et Hiroshige.


L’exposition se découpe en deux temps. La première partie se peuple de dessins de femmes, dans leurs beaux yukutas colorés, à leurs toilettes, dans leur vies quotidiennes à déployer sans relâche comme des paons les atouts de leurs beauté : les bijinga. La seconde partie témoigne des modes de vie hédonistes de la nouvelle classe bourgeoise dirigeante au Japon sous l’ère Edo, centrée sur son plaisir et ses scènes érotiques : les shungas.

Du sexe. Enfin du sexe, les enfants. Exposition interdite aux mineurs. Ca promet.
Alors, concrètement, les expositions érotiques de la Pinacothèque, ça donne quoi ?

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Si tu as fait le déplacement l’après-midi avec ton mec/ta meuf dans le but de vous émoustiller mutuellement en attendant ce soir, tu risques fort d’être déçu(e).

Contexte culturel ou historique oblige, l’érotisme n’est que peu palpable au travers de ces multitudes d’estampes.

D’énormes bites aux proportions à faire peur (surtout sous le trait d’Utamaro) cherchent leur entrée au cœur de puis vaginaux sans fin, le tout dans des perspectives à l’égyptienne, pleines de mépris pour les lois de la pesanteur et de la physique.

La femme, rarement au sommet de l’acte, donne plus l’impression de subir les assauts du mâle que de se confronter à son plaisir.

Ecrasée sous le poids des conventions (ou le poids de l’homme, ce qui en fait revient au même) qui la tiennent passive, il lui arrive même à plusieurs reprises de donner le sein à l’enfant pendant que l’homme lui enfile sa virilité sans s’en soucier outre mesure. Non mais ALLO les japonais ! On vous savait machistes, mais alors là, ça dépasse tout…

Il m’a semblé relever dans l’exposition deux gémissements, deux postures de plaisir féminin contre une multitude de glapissements aussi sauvages que semblent l’être la rencontre sexuelle où l’on se flaire, se renifle, à la manière du coït animal, non sensuel, et sans volupté.

Parfois voyeur lorsqu’un étranger observe la scène à la dérobée, le cadrage est toujours le même et les estampes s’enchainent sur les murs sans se démarquer vraiment les unes des autres.

Question anatomie, on travaille différemment d’un bout à l’autre de la terre. La où l’occident se refuse encore à dévoiler l'intimité des corps, Utamaro, s’il ne maitrise (ou ne s’interesse ) guerre la perspective du mouvement des jambes, sait en revanche rendre très fidèlement sur papier la constitution d'un vagin. Petit coquin, va.

Verdict personnel : Excitation zéro. Même pas émoustillée, même pas affriolée.

Je sors de cette expo en me disant qu'au final la marge est étroite entre humanité et animalité. 

Aucun érotisme dans cet art de l’amour de la baise au temps des geishas sans geishas. Je ressors assez perplexe de cette expo qui m’a fait froncer les sourcils à plusieurs reprises devant les mœurs sexuelles japonaises que j’aurais cru plus raffinées. 
200 ans plus tard, le manga hentaï, direct héritier de l’estampe érotique, transmet les mêmes valeurs particulièrement machistes et c’est à déplorer. Allo les japonais, culture poussée du fantasme : y a des trucs à remettre en question dans votre psyché.

Alors voilà, sans y avoir assisté, je me dis que le pendant de l’exposition L’art de l’amour au temps des geishas, l’exposition Kama Sûtra, spiritualité et érotisme dans l’art indien devait être un peu plus intéressant.

A noter tout de même une très belle découverte : le trait fascinant d'Hashiguchi Goyo. Son travail, tout de même classé dans les estampes, diffère énormément des standards d’Hiroshige, Hokusaï et Utamaro, que seul un œil averti peut distinguer les uns des autres.
Goyo joue des codes de l’estampe sur lesquels il souffle un vent plutôt occidental, en y incluant notamment des notions de perspective : ses crayonnés exposés m’ont laissée sans voix.

J’ai pris plaisir également à fixer les portrait noir & blanc/couleur du Japon du début du siècle.

Mais 13€ plein tarif pour assister à tout ça ? Que neni, mon ami.

Si les estampes ont l’art de te plaire, achète toi plutôt un recueil d’estampes. De toutes façons grosso-modo ça tourne autour du même format, et qui a vu une estampe, en a vu 110, tant elles se ressemblent toutes. #mauvaisefoidujour


L’art de l’amour au temps des geishas : les chefs d’œuvres interdits d’Utamaro à Hokusaï et Hiroshige
6 novembre 2014 – 15 février 2015
Pinacothèque I 28, Place de la Madeleine – 75008 Paris

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