22 janv. 2015

Andy Warhol, "Time capsules"



Certains ont du se dévisser la tête en croisant les affiches dans la ville. Andy Warhol à Marseille. Incroyable et surprenant. La ville change, les enfants. Indéniablement.

Du 6 décembre au 12 avril cette saison, les Time Capsules de Warhol s’exposent au [mac] Marseille.
Alléchant.

Les Time Capsules de Warhol, ce sont des cartons, entreposés dans sa Factory, que l’artiste aimait à remplir de tout ce qui trainait sur son bureau. Articles de journaux, cartes postales, bouquins, photos, courrier d’amis, objets amassés pendant des années… Ses milliers de documents mis bouts à bouts en 13 ans forment pas moins de 600 capsules, à partir desquelles il est aisé de recomposer les influences de ce cher Andy.

Prêtés par le Musée Warhol de Pittsburg, les huit Time Capsules choisies pour l’exposition marseillaises sont pour la plupart inédites en Europe. Big up Marseille !

Accompagnées de quelques morceaux de ses sérigraphies les plus connues, l’univers de Warhol se dessine entre les murs, véritable reflet d’un air du temps et d’une personnalité artistique que les commissaires de l’exposition ont choisit de placer sous un fil conducteur musical : Les Time Capsules sont mises en corrélation avec les chansons « Songs for Drella », écrites à l’occasion du concert posthume en hommage à Warhol par Lou Reed et John Cale.


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Veritable exposition succès, à croire qu’il suffit de brandir le nom Andy Warhol sur des pancartes pour ramener du public, je me risquerai à dire que si tu viens de loin, tu risques justement d’être déçu de t’être déplacé, cher visiteur. En soi le prix n’est pas exorbitant, pour 5 petits euros tu as accès aux Times Capsules de Warhol et au renouveau certain de la jolie collection permanente du [mac] Marseille. 

Si tu t’y prends de manière lente et langoureuse, les Time Capsules peuvent te durer une bonne partie de ton après midi. Dans le cas contraire, prévois d’aller boire un café, parce que les fouillis de papier sous verre ça ne séduira que les fans de la première heure ou les plus curieux d’entre nous. Au niveau des chansons de Lou Reed, il est à déplorer de mon point de vue que les "Songs for Drella" n’ont rien de très mélodieux en soi, et que les paroles sont plutôt cheloues, rien à voir avec la qualité de Walk on the wild side.

Mais, si tes connaissances sur le personnage de Warhol sont limitées, tu risques d’apprendre beaucoup de choses. En dehors du fait que le mec s’achète un hotel particulier à trente ans, son sens de la mise en scène, tapageur, lui vaut de se faire tirer dessus, ainsi que sur ses œuvres à plusieurs reprises. Et ses fans, très nombreux, rivalisent en mièvreries pour lui apporter du soutien par le biais de plusieurs kilos de courrier. D’ailleurs son petit surnom, Drella : un amalgame de Dracula et Cinderella. Adorable.

Le génie de Warhol, ce sens de l’image et cette volonté minimaliste voire simpliste, c’est le génie de la paresse et du star-provoc-system. Warhol vend son lifestyle. Warhol c’est instagram avant l’heure. Quand Warhol dessine ou peint, Warhol se viande (cf sa série "Flowers"). Quand Warhol, graphiste de formation, retouche, imprime, superpose et multiplie, c’est simple et magnifique : ça donne ses lettres de noblesse à la sérigraphie.

Arme toi donc de patience. Car il t’en faudra pour t’imprégner profondément de ces Time Capsules. Moi je te conseille d’avaler une biographie warholienne avant. Histoire de mieux faire le lien entre les phases de création de l’homme et les évènements de sa vie. 




Andy Warhol Time Capsules
6 décembre 2014 – 12 avril 2015
[mac] musée d’art contemporain 69, avenue d’Haïfa – 13008 Marseille

Exposition ouverte du mardi au dimanche de 10h à 18h


12 janv. 2015

Raymond Depardon, Un moment si doux







C’est en toute hâte et par un concours de circonstance que Depardon se retrouve à l’affiche du MUCEM. Initialement prévue pour s’étaler sur les cinquante ans de son jumelage avec Marseille, l’exposition « Les chemins d’Odessa » laisse sa place en catastrophe à Depardon, en raison de la situation politique en Ukraine.

Conçue non pas comme une rétrospective, mais plutôt comme une balade dans l’univers intime de l’artiste sous le fil conducteur de son utilisation de la couleur, l’exposition déjà présentée à Paris l’hiver dernier, fait la part belle aux clichés colorés de Raymond Depardon, depuis ses débuts de jeune reporter dans les années 60 jusqu’à nos heures de 2015.




 Raymond Depardon, illustre inconnu pour ma culture profane en photographie, se cache pourtant derrière des clichés incontournables, notamment le cliché officiel de François Hollande posant pour son mandat présidentiel.

Proche des politiques, l’homme engagé ne se lasse pas de parcourir le monde, donnant une visée quasi anthropologique à ses travaux, égrenés dans l’espace et le temps, qui va jusqu’à le faire pencher pour le format documentaire et le faire reconnaître dans le domaine cinématographique.

Une nomination à Cannes par-ci, un César gagné par-là, déjà exposé aux rencontres photographiques d’Arles, à la Bibliothèque nationale de France et au Grand Palais…

Bon…
Ok, tu gères.
Pardon, Raymond.

Mais qu’en est-il de cette petite exposition marseillaise ? Oui, je dis bien petite. Car c’est ce qui la caractérise selon moi au premier abord. Miroir de son exposition au Grand Palais quelques saisons plus tôt, Depardon nous y rajoute gentiment une vingtaine de petites photos en hommage à Marseille (qu’il ne connaît que trop bien, pour s’y être arrêté de nombreuses fois, lors de ses périples photographiques de la guerre d’Algérie jusqu’à Beyrouth en pleine guerre civile.)

Prises à la hâte en quatre jours, ces petites photos de Marseille. Ca se voit, Raymond.


Peu de gros tirages, peu de variation dans la scénographie, tu te retrouves à presser le pas devant les cadres petit format entrecoupés de têtes des nombreux visiteurs. Dommage.

Mais malgré cette portée visuelle restreinte, il y aura des moments où une image t’accrochera scraaatch comme ça dans ta face tellement c’est du génie, cet art là. Je pense notamment à la série prise à Glasgow dans les années 80 et celle chez les Mapuches du Chili pendant les 70ies.

Mais alors si tu sais faire des chef d’œuvres, pourquoi tout ça, Raymond ? Pourquoi certaines de tes photos je peux faire les mêmes avec mon Canon G12 ? 


Les voies du MUCEM sont impénétrables.
8€ pour Raymond Depardon, un moment si doux, moi je dis non. Stop. Haro, haro.

Si les bouts de céramique et autres systèmes d’irrigation te passionnent, grand bien te fasse, tu pourras aisément trouver ton bonheur dans la collection permanente du MUCEM, ce qui rattrapera un peu la déception sur les murs consacrés à Depardon. (Tu pourras aussi admirer les installations de l’exposition FOOD, produire, manger, consommer qui sans prétention grandiloquente, constitue une petite compilation de différentes réflexions d’artistes sur le sujet.)

Mais si c’est l’amour de l’art qui te fait pousser les portes de l’exposition Depardon, renonce à vider ton porte monnaie, tu seras au meilleur des cas déçu et au pire aigri de cette sortie culturelle un peu trop modeste pour le tapage qu’il en a été fait.

Sans rancune, Raymond.
Je trouve ton génie dichotomique. Pardon.




MuCEM – 1 esplanade du J4
7, promenade Robert Laffont, 13002 Marseille
Du 29 octobre 2014 au 23 février 2015