20 déc. 2015

La Thé Box ◆ Royaume de Noël




Dans le genre fille qui adore les après-midi passés dans les bras d'un salon de thé, j'ai toujours fait légion. Véritable défricheuse des salons de thé les plus cossus des alentours, autant te dire que les ambiances feutrées autour d'une boisson fumante, c'est un peu mon milieu naturel.


Le thé, cet art de vivre. Plaisir plutôt féminin, (franchement d'ailleurs, pourquoi ? Moi j'ai jamais compris) son essor autrefois très old-school se modernise et désormais plus grand monde ne se contente à l'achat du Lipton ou du Twiggins.  


Il était donc assez facile pour L'homme, dans toute la délicatesse de ses adorables intentions, de se dire que la Thé box pouvait trouver sa place dans les centimètres de mon sourire.

Et voici donc comment je touche du doigt le concept de la Thé box. L'édition spéciale "Royaume de Noël" se retrouve cette saison entre mes mains.



LE CONCEPT
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Dans la lignée des très tendances Birchbox, Mylittlebox, Hitek box, etc... la Thé box reprend le très chouette concept de la box. Avouons que c'est quand même très cool de recevoir chez soi un cadeau surprise sur une base d'un objet qu'on aime bien tous les mois.

La Thé Box se diversifie pour chaque édition, offrant à ses admirateurs une plongée mensuelle articulée autour d'une thématique spécifique de l'univers du thé.

Financièrement, la formule est au choix, ce qui est très appréciable. Tu peux te payer un abonnement au mois, à 18,90€. Ou fonctionner à l'unité sur la base du coup de coeur. Chaque box s'habille d'un thème, d'une taille de contenu et d'un prix différent.

Très similaire à la Birchbox, la Thé Box s'harponne de l'idée de te faire découvrir des nouveautés. Tu as donc un large panel d'échantillons, matérialisé sous forme de petits sachets de thé indépendants. Il ne tiendra donc qu'à toi d'en acheter une boite auprès de sa propre marque si l'expérience sensorielle a su te séduire.


L'EXPERIENCE 
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En premier lieu, quelques mots sur le packaging. Par-fait. C'est beau, c'est délicat, c'est poétique et tu as la réelle sensation de recevoir un joli cadeau. La matière est agréable, et tu sais d'avance qu'une fois que tu auras bu tous les thés, tu vas pouvoir la garder, ta boite, parce qu'en plus d'être jolie, elle est pratique.

Au niveau du contenu, ce qui te saute à la gorge, c'est l'odeur. Un mélange éclectique d'arômes et de saveurs qui fleurent bon l'hiver. Passées les premières secondes d'émerveillement, tu peux commencer l'inventaire.



LA BOX 
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◆ Les thés 
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- Yonah de Tamia & Julia (rooibos) 
Des notes de caramel. Un régal de subtilité sucrée. Alors que je déteste le caramel et le sucré.
- Igloo de Tamia & Julia (thé blanc)
Léger, non sucré. 

- Thé de Noël de La Malle à thé (thé noir)

- Christmas tea vert de Damman Frères 
- Christmas tea noir de Damman Frères
- Christmas tea blanc de Damman Frères

- Thé noir N°25 de Palais des thés (thé noir)
Gros coup de coeur aux épices de Noël. A racheter absolument.
- Jardin N°25 de Palais des thés (infusion)
Gout pamplemousse très marqué. Chouette si tu aimes le pamplemousse. Sinon, non.  
- Vives les fêtes de Palais des thés (thé vert)
Très chouette. Savoureuses notes parfumées de Noël.

- Nougatine & Coco de Tchaba (thé vert) 
Léger, et sucré, touches subtiles de coco. J'ai beaucoup aimé.  
- Oolong & Fleurs d'oranger de Tchaba (thé bleu-vert)
Plus thé vert qu'autre chose, j'ai peu senti les fleurs d'oranger.

◆ Les mignardises 
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- un Massepain 
Très joli gâteau (c'est important !) délicieux, texture fondante au bon gout d'amande.
- une marmelade Orange Cannelle
Pas très fan des marmelades, celle-ci se déguste facilement sur un krisproll trempé dans du thé.
- des sablés Fortwenger à la cannelle.
 A se pâmer. Parfait pour le goûter de 16h. J'ai surkiffé. 

◆ Les objets 
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- Une jolie tasse Royaume de Noël
D'une taille idéale pour un buveur de thé qui, comme moi, peine à finir les derniers cl des mug remplis.


Disons qu'avec l'édition de Noël, il n'est pas difficile de taper juste.

Moi j'ai beaucoup aimé cette expérience sensorielle. S'il ne s'agissait pas du prix très onéreux pour mon budget, j'aurais plongé sur l'offre, les yeux fermés.


EN RESUME
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◆ Avantages 
- Le concept box qui fait toujours plaisir.
- Tu peux acheter sans t'abonner. La box British te fait envie mais tu te fous de la Box Madame Figaro ? Pas de soucis tu peux t'acheter que la British.
- Tu fais vraiment des découvertes ! Des marques peu connues qui mériteraient de l'être, des mélanges aux goûts subtils, des saveurs que tu prends plaisir à explorer et à inclure pour renouveler  ton quotidien gustatif.

◆ Inconvénients  
- A aucun moment tu ne peux choisir ce qu'il y aura dans ta boite à thé. Genre si tu veux éviter le thé noir, tu ne peux pas le préciser, il te faudra boire du thé noir, darling.
- Le prix. C'est vraiment cher, pour des échantillons.
- Tu bois vraiment beaucoup de thé, même glacé, l'été, toi ? Moi pas vraiment.


CONCLUSION 
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- Buveur occasionnel de thé (moins d'un thé par semaine?)? Une Thé box te ravira. Un abonnement te submergera vite.
- Buveur compulsif de thé (plus d'un thé par jour ?)? La Thé Box te frustrera, car elle ne te sera pas suffisante. Un abonnement te frustrera aussi, car il viendra s'ajouter à ton budget thé habituel et tu frôleras les cimes.
- Buveur régulier/ modéré ( moins d'un thé par jour )? Le concept est fait pour toi.



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La Thé Box

22,90 €
http://lathebox.com/


19 déc. 2015

Le Sapin Blanc



Un soupçon d'ornement, une mesure minimaliste, une pincée de givre.

Tout en légèreté. 



Trône et sois beau. Montre moi que le plus beau des manteaux, c'est celui de l'hiver.
PS : un Sapin, c'est une autre forme d'arbre mort aux branches irrégulières.


Joyeux Noël, folcks. 


4 déc. 2015

Alfredo Jaar. Nous l'avons tant aimée, la Révolution.




C'était la seconde grande expo de l'année au MAC.
Elle mettait à l'honneur un artiste chilien, Alfredo Jaar.
Plutôt connu pour son travail photographique, il avait envouté l'édition des Rencontres d'Arles en 2013. Son travail a parcouru de nombreuses expositions internationales ces quarante dernières années (Biennale de Venise, Sao Polo, Istambul, Seville, entre autres).
Il s'agit de sa première exposition d'envergure en France.


Nous l'avons tant aimée, la révolution. 

Tu te doutes petit Sherlock qu'il va s'agir d'une expo consacrée à la Révolution.
Alfredo Jaar rassemble autour de son oeuvre de verre une collection d'oeuvres d'autres artistes, qui comme lui, aiment à critiquer l'ordre établi, plutôt orienté mouvance des 70ies. Entre autres, il s'est entouré de Buren, de Koudelka et de Yoko Ono pour porter son message.
L'idée véhiculée : Ré-vo-lu-tion. 

Nous l'avons tant aimée, la révolution, c'est avant tout 150 tonnes de verre brisés sur le sol, d'une poésie et d'une beauté folle. Sur lesquels il t'est recommandé de marcher. A l'entrée, tu signes une décharge de responsabilité en cas de soucis lié au fait que tu vas marcher sur des bouts de bouteilles de verre. On inspecte tes chaussures, il t'est interdit d'y pénétrer sans qu'elles soient fermées (mais je n'ai pas vu d'endroit où on t'en prêtait des fermées au cas où tu avais des ouvertes aujourd'hui).

Je suis restée assez circonspecte. J'ai beaucoup aimé l'expérience sensorielle du marcher sur verre. Même si, soyons francs, avec un oedeme persistant à l'astragale, c'était pas l'idéal. Du tout.
J'ai eu la sensation de ne pas avoir saisi dans sa totalité cette exposition, de ne l'avoir qu'effleurée. J'aurais eu besoin d'un guide. Je te conseille donc d'opter pour la visite guidée, pour en apprécier la portée comme les nuances.

Le titre de l'exposition est inspiré d'un livre du même nom, écrit par Daniel Cohn-Bendit en 86, dans lequel l'auteur interview militants et intellectuels du mouvement de 68 à travers le monde.


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Mais aussi...
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Mais visiter la temporaire c'est aussi l'occasion d'apprécier la permanente, qui change tous les ans, s'il faut le rappeler.

Pour ma part immense coup de coeur pour les suspensions Message in the bottle de Jarg Geismar.


Jarg Geismar.


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Alfredo Jaar. Nous l'avons tant aimée, la Révolution. 

4 Juillet 2015 - 10 Janvier 2016

[mac] musée d’art contemporain 69, avenue d’Haïfa – 13008 Marseille


27 nov. 2015

Safe trip in Provence Autumn







Lourmarin : Très très bel endroit, arty-bobo au coeur de la Provence reculée. Les échoppes sont nombreuses et souvent un peu hors du temps. Toujours un plaisir d'aller y flâner et/ou y boire un verre. A ne rater sous aucun prétexte.

Bonnieu : Joli village haut perché qui jouit de plusieurs cafés très bien placés où une pause thé en terrasse en automne constitue un bel instant de paix et de sérénité.

Château de l'Ange : Ancien relais de chevaux, la créatrice Edith Mézard y a installé sa boutique/ atelier. Très fin et très jolis ses décors et objets sont enchanteurs et valent clairement le détour. Une bonne adresse pour les aficionados du linge de maison de qualité.
Edith Mézard, Château de l'Ange, 84220 Lumières : ici

23 nov. 2015

Respirer


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R  E  S  P  I  R  E  R 
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Importance de l'air sur ta peau. Fragrance des vapeurs de saison.
Sentir sa respiration. Le froid sur ses joues. La douceur d'une écharpe. Les odeurs de l'hiver.
Voir palpiter l'existence, les gens déambuler. Flairer l'effervescence, l'éphémère.
Discerner les rares bruits de pas sur le pavé. Ecouter le calme. Peser le silence.

Prendre le temps de respirer. De savourer. De se délecter de cet instant suspendu.
Souffle de vie. Vie insufflée. Effluves de vie.
(Ré)apprendre à s'apprivoiser.

Respirer. Doucement. Timidement, puis lourdement, à plein poumons.
Oublier le confiné. Retrouver la maîtrise de son corps, de ses sens.
Sentir la vie s'enrober, s'empourprer, s'insinuer, s'enrouler autour de soi.

Reprendre pied.
L'automne n'est plus. L'hiver s'annonce.
La vie est belle, en terrasse de café.


20 nov. 2015

13 Novembre 2015


C'était le long week-end de l'armistice. Week-end que t'avais voulu placer sous l'égide de l'isolement à la campagne. Une fontaine, une dizaine de maisons, des champs et pas de réseau. Pas de téléphone, pas de télé, pas d'Internet. Juste le ciel, la terre, des briques et quelques arbres. Profiter de l'air pur et des feuilles d'automne. Lovée au fond du silence, des feux de cheminées : le calme olympien.

Et puis entre 2 barres de 3G fluctuantes, une info s'immisce dans la nuit.

Surréaliste.

La mort, la barbarie, le chaos, pile à l'endroit où ton esprit se désolait de ne pas frémir de plaisir ce vendredi soir. 
Les gestes sont mécaniques. La peur au ventre, tu leur envois des textos, aux parisiens que tu connais. Ex-coloc, amis de longue date, compagnons de brasseries... Tu vas bien ? Dis-moi que tu n'es pas sur la liste des morts, ni sur celles des blessés. Pas de réseau, putain.
Deux barres ? Mais toi tu captes un peu, passe moi ton tel !

Surréaliste.
Tu comprends vite que l'attaque est toujours en cours. Que c'est une situation de guerre. Ces heures tragiques, tu vas les vivre sans images. Que des voix, uniquement des paroles. Celles de la radio. Attaque à la France, comme en 1940. Les poings serrés, tu écoutes enfler la panique dans le timbre de voix des présentateurs, des auditeurs.

Surréaliste. Tous ces endroits, tu les connais si bien.

La rue de Charonne tu l'as arpentée de long en large un nombre incalculable de fois depuis tes 12 ans. Tu fais toujours un crochet par Charonne lors de tes visites à Paris. C'est par là-bas que tu l'imaginerais bien, ton prochain appartement.
Le Bataclan, t'avais prévu d'aller y voir se produire un de tes artistes préférés.
La rue Alibert, tu l'avais déjà croisée un soir d'été. Tu t'étais d'ailleurs délecté d'une dizaine de ces belles soirées, dans les rues adjacentes.

Surréaliste.
Il t'a fallu moins de vingt secondes pour le comprendre. Mais tu ne le verbaliseras pas. Pas à haute voix. Cette nuit là, ça aurait tellement pu être toi, sur cette terrasse, dans cette salle de concert. Ça aurait pu être Lui. Ça aurait pu être eux. Ça aurait pu être tous tes proches, chacun d'entre nous.

Mais c'est tombé sur eux. Tous ces visages que tu ne connaissais pas.
Tu les écoutes à la radio, les premiers témoignages. Tu trembles. Tu pleures. Tu as le souffle coupé.

La sensation est folle.
Peu à peu tu prends conscience qu'en 2015, on peut désormais trouver la mort un vendredi soir pour le seul crime d'être sorti se détendre de sa dure semaine, profiter de la vie, quelque chose de tellement banal, en somme...

Surréalistes. Les jours qui vont suivre seront surréalistes.

Le temps est comme arrêté. Et toi, tu es suspendue à ton iphone, sur les réseaux sociaux. Le fil d'actualité s'est emballé. Commenter, partager, s'énerver, s'émouvoir. Mon dieu. Des nouvelles importantes tombent toutes les vingt minutes, relayées par Le Monde et Courrier International.

Bien sûr que tu pleures, que tu es choquée, incapable de prendre du recul.
Bien sûr que tu multiplies les likes, les hashtags, les soutiens, les hommages.
Bien sur que tu la mettras à la fenêtre, ta bougie pour Paris.

Mais surtout, surtout.

Tu vas réfléchir. Faire tourner l'idée dans ta tête. Ecouter, t'inquiéter, t'indigner, discuter, te confronter. T'informer. Lire, écouter, suivre, partager, relever le nom des penseurs. Pour mieux te faire une opinion générale sur la situation que traverse ton pays, et par extension, de ce à quoi sera confronté ton avenir.

T'en avais déjà une, d'opinion. En fonction de ce que tu avais pu vivre, observer, sentir. Entendu, compris, anticipé. Toi qui as grandi dans la ville la plus paradoxale de France. Toi qui t'étais heurté aux joies comme aux limites du modèle cosmopolite. Toi qui t'étais ouverte au monde sur le tard.

Tu as envie de secouer l'immobilisme, de condamner le laxisme, de faire taire la culture de l'excuse. De t'élever contre le racisme, les préjugés, les idées reçues.

Et surtout, d'enrayer la bêtise, la lâcheté, la bienséance et le politiquement correct. De cracher au visage de ceux qui s'auto-proclament non-concernés. On l'est tous, concernés, bâtard.

Mais tu l'as bien senti, ce moment funeste, insidieux, ce temps de battement après le passage duquel plus rien ne sera jamais pareil. Quelques minutes, quelques mots mis sur sur ces événements et le monde a changé.
Faudra-t-il réviser nos envies ? Revisiter nos projets ? Changer le cap de nos ambitions ?
Connaitrons-nous quelque chose de terrible, comme nos ayeux, une guerre mondiale ?
Nous qui nous croyions bien à l'abri dans le creux de ces trois générations de paix, nous faudra-t-il repenser nos modes de vie, tout réapprendre, en fonction d'un danger longue durée sur nos têtes ? 
Pour ma part, j'espère bien que la France sera "impitoyable à l'égard des barbares."
En attendant, de toute la hauteur de mon impuissance, je tiens à te le dire. A vous le dire.

Ma chère France,
Mon Cher Paris,
Je vous aime. De tout mon coeur.

30 oct. 2015

L'homme irrationnel


Réjouissances ! Un nouveau Woody Allen cet automne dans les salles obscures : L'homme irrationnel.

Que vaut donc cette cuvée 2015 ?

"De quoi s'agit-il ici ? De morale ? De choix ? D'esthétique ? Des aléas de la vie ?"

C'est l'histoire de Mr. Le-prof-de-philo, l'homme qui a tout vu, tout vécu, tout étudié, et qui, les deux pieds dans la quarantaine, s'ennuie désormais royalement. Faut dire qu'après avoir essuyé les balles au Darfour, perdu des amis en Afghanistan, y a moyen de trouver la vie rangée plutôt fade. Mais le véritable problème d'Abe Lucas, ce n'est pas tant la fin de sa vie de baroudeur. C'est le manque de sens. Ce constat cruel que lui vaut toutes ses années consacrées à l'écriture d'essais philosophiques qui l'ont pourtant rendu célèbre : la réalité tangible détruit la logique de la théorie. En panne de créativité, d'inspiration et de désir, tout lui pèse et l'homme, dépressif, se traîne en épave.

Le voici donc en route vers un nouveau boulot. Enseignant dans une petite université.
Tout le campus, élèves et professeurs confondus, frétille d'excitation à l'annonce de son arrivée.
Abe Lucas peine à partager leur enthousiasme. Et ce ne sont pas les silhouettes de Rita, la collègue un peu nympho, ni de Jill, l'étudiante énamourée, qui sauront malgré tous leurs efforts réparer son malêtre. Et si, par le biais d'un hasard, un bon meurtre "utile", bien prémédité, était la réponse à tout ?


Globalement, j'ai plutôt bien aimé.

Comme dans la plupart des Woody Allen, la comédie de moeurs est de mise, les scènes d'expositions sont longues, parfois languissantes, et la sauce prend surtout dans le dernier tiers du film, à l'issu d'un virage surprenant qui fait basculer l'intrigue dans une autre dimension.

Les acteurs sont plutôt performants.

Joachim Phoenix, toujours dans un rôle trouble. Ecorché vif comme certaines d'entre nous les adorent, on nous présente son personnage comme un Don Juan, même si on ne comprend pas trop pourquoi. Silhouette bedonnante, cernes bleues de mec torturé, difficile de lui trouver du sex appeal. Mais il faut avouer que l'homme en a clairement l'attitude. Dans ses absurdités, on comprend pourtant le personnage, en quête de la transcendance de son malêtre. Et son raisonnement n'est pas dépourvu de sens.
Evidemment rencontrer un homme comme ça sur son passage, c'est un peu l'assurance de devenir dingue. Palpitant, séduisant, égoïste, inconstant, terriblement romantique et plutôt carrément sociopathe. Bon courage pour s'en sortir sans cicatrices.

Emma Stone, presque aussi lumineuse que dans Magic in the moonlight campe parfaitement son rôle de charmante petite intello en fleur. Dès la première minute, difficile de ne pas s'identifier à elle. Très empathique, romanesque et passionnée, elle se distingue des autres par son aptitude à se faire ses propres idées et sa tendance à la recherche d'une certaine forme d'absolu, introuvable dans l'insipide de son quotidien. Qui n'aurait pas fondu face à Abe Lucas, un esprit hors norme qui t'écrit des poèmes ? Qui n'aurait pas tenté la grande aventure avant-gardiste quand elle se présente aussi généreusement ?

"Je n'arrive pas à écrire parce que je n'arrive pas à respirer."

Le point fort de ce film, c'est tout de même le traité des sujets tels que la chance, la morale et l'usure.

Cette espèce de zone de battement, de non-droit, entre le bien et le mal, la morale et l'immoral.
J'ai bien aimé le traité de la relation amoureuse complètement bancale, la démystification du mécanisme.

La place de la chance, ou plutôt du hasard.

Forcément, toute cette histoire, ça ne pouvait que dégénérer. Et la conclusion, on ne la voit pas forcément venir.

Faut-il commettre un crime pour être heureux ?

Après le très réussi Magic in the moonlight, cuvée 2014, Woody semble revenir à ses thèmes de prédilection, dans la lignée du très marquant Match point, la débandade amoureuse et la folie criminelle.

Je recommande !

Des gens qui en parlent mieux que moi :  ici, ici et ici.

24 oct. 2015

Coup de foudre canin



Clairement. Je ne suis pas chien. Je suis chat.
Parce qu'un chien c'est un animal soumis. Et qu'un chat c'est un animal libre.
Parce qu'un chien ça saute et ça bave. Et qu'un chat ça s'étire sensuellement.
Parce qu'un chien ça reniffle le cul des gens. Et qu'un chat ça te regarde de haut, droit comme un sphinx.

Mais voilà, parfois les chiens des autres savent me faire changer d'avis. Tango le labrador noir palmé ou Lennon le Jack Russel.
Ce jour là, coup de foudre pour le chiot de ma copine Laura.

Couleurs d'automne et bel instant de vie dans le Var un jour de temps gris. Les copines, du cidre, 1720, des crêpes bretonnes, un chiot, de l'hydromel. Et c'est la clé du bonheur <3.

23 oct. 2015

Meurte au Ritz ◆ Michèle Barrière

La vie sait parfois se foutre de ta gueule te surprendre dans les moments les moins propices à l'étonnement. Sur une étagère du petit shop/ librairie interne de l'hôpital, entre trois Marc Levy, deux Bernard Weiber, et cinq réfexions sur la Mort (et 0 sur la guérison, les gars), j'ai découvert un nouveau genre littéraire. LE POLAR GASTRONOMIQUE.  


Dans le genre inattendu, que demander de mieux ?

A l'origine de cette curieuse idée, une souriante petite soixantenaire à lunettes.

Michèle Barrière, c'est un peu la femme qui a dédié sa vie à l'amour de la cuisine, sans pour autant ouvrir un restaurant. Historienne de l'alimentation, membre du conseil scientifique du mouvement pour la sauvegarde du patrimoine culinaire mondial, membre de l'association professionnelle des chroniqueurs et informateurs de la gastronomie et du vin, co-auteur de la série "L'histoire en cuisine" sur Arte... La dame s'y connait en gastronomie.

Auteur d'une dizaine de polars, chacun placé dans un contexte historique différent, elle a pris l'habitude de faire se délecter les papilles du grand public par l'écriture.



Le pitch : Paris, 1898. César Ritz est sur le point d'ouvrir les portes de son nouveau palace parisien, place Vendôme. Avec Auguste Escoffier à la tête des cuisines, toute la bonne société européenne promet de s'y précipiter. Quel n'est donc pas le choc lorsque, pendu par les crocs de boucher, le cadavre d'une jeune fille est retrouvé dans une chambre froide de l'hôtel, à quelques jours de son inauguration. Pour ne pas ébruiter le scandale, Ritz et Escoffier tentent de traiter l'affaire en interne, bientôt dépassés par les lettres de menaces reçues quotidiennement. A défaut de faire appel à la police, c'est à la logique de Quentin Savoisy, 28 ans, neveu d'Escoffier, journaliste au Pot-au-feu que l'enquête sera confiée.
Mais quelle ne sera pas la surprise de Quentin lorsqu'il découvrira qu'à Rome, Londres et Viennes, les attentats se succèdent. Marmites qui explosent dans les mains des serveurs, poires dynamitées dans la tête des invités de la haute noblesse...
Qui peut bien avoir à coeur de perpétrer la terreur dans l'hôtellerie de luxe en Europe ?


Les thèmes : 
gastronomie ◆ Paris  belle époque  luxe   
anarchisme ◆ féminisme  journalisme ◆ mondanités  


J'ai adoré.


La fraicheur. L'originalité. 
Ce livre m'a pris par surprise. J'étais happée au bout de quelques pages, malgré des conditions de lectures extrêmes (morbide attente sans nouvelle de l'Homme en train de se faire opérer, dans une chambre d'hôpital avec volets cassés au milieu de la famille d'un gars de 22 ans qui a les deux mains plâtrées et qui voit défiler sa mère et ses grands parents rivalisant tous pour le faire rire le plus possible) Nous inventer le polar gastronomique, quoi. Bravo. Bravo, bravo, Michèle Barrière.


La qualité historique.

Au niveau du détail, l'auteur sait régaler son lecteur. Immersion totale. Pour peu que le roman s'inscrive dans un contexte historique qui te séduit, voyage assuré.
Et moi je RAFFOLLE du Paris de la belle époque.

En pleine polémique de l'affaire Dreyfus, un vent de modernité souffle sur le Paris de 1900. La tour Eiffel encore fraichement construite, le recul du pouvoir de l'Eglise, les coups de frappe d'Emile Zola...
Le contexte politique, nouvellement républicain, peine à faire l'unanimité.
Michèle Barrière nous plonge au coeur de ses rivalités d'idéaux en nous dépeignant la difficile cohabitation des républicains avec les royalistes, les nouveaux communistes, les anti-sémites, la bourgeoisie socialiste, les anarchistes, les nationalistes...
J'ai appris des tas de choses.

Le style.
Simple, fluide, limpide et qui pourtant m'a dévoilé des mots inconnus. Quand Michèle Barrière aligne les phrases pour te décrire un repas, je te mets au défi de pas aller ouvrir ton frigo dans l'heure qui suit et de pas te dire "haaan j'ai envie de manger quelque chose de vraiment bon".


Les personnages. 

Particulièrement travaillés et tous intéressants.

Diane. L'étoile du roman, c'est bien elle. Personnage tumultueux. Courageuse, ambitieuse, effrontée, déterminée. Elle n'a pas peur de bousculer les bonnes moeurs corsetées, ni de se mettre toute sa famille à dos. Diane est libre et être une femme libre à la belle époque, c'était un peu être une pute. Issue pourtant d'un milieu très bourgeois, ses aspirations contredisent son éducation et son répertoire d'insultes n'a rien à envier à celui de la poissonière.
J'ai adoré de personnage. Diane fait partie de cette génération de femmes à qui l'ont doit tant, refusant le mariage, du fait de passer de la tutelle d'un père à celle d'un mari, le corset, et toutes les autres aberrations qu'avaient du supporter les femmes d'avant 1900.

Quentin. L'attachant petit aristo moyen, sans idées ni grande envergure, qui n'aspire qu'à pouvoir tranquillement épouser celle qu'il aime et à écrire ses articles sur la mode du thé de cinq heures pour le Pot-au-feu.
Bonne patte, malmené dans tous les sens, notamment par sa fiancée, et tout aussi bien par son oncle Escoffier, passe pour un clown aux yeux de tous ceux qui se prennent à bien l'aimer finalement.

Séverine et les filles de la Fronde. Classes, avant-gardistes, courageuses et élégantes.

Nénette. La petite bonne un peu simplette éprise de son Lulu qui tant bien que mal oscille entre sa patronne fantasque, le patron dont elle ne sait pas trop quoi penser et le chien qui multiplie les catastrophes.

Même Vassière, le policier glouton qui se régale d'être affecté à la surveillance du Ritz, est un personnage réussi.

Michèle Barrière ne se permet pas trop de s'emparer des personnages de Cesar Ritz et Auguste Escoffier, du fait de leur réalité historique. Leurs silhouettes, très présentes mais très écartées également témoignent de l'habileté d'un bon dosage, même si après coup on se dit qu'on aurait aimé à en savoir plus sur la réalité de leur existence.

Mais aussi et surtout, j'ai adoré...
La forme !

A la fin du livre, non content de pouvoir trouver une bibliographie pour en savoir plus au sujet des thèmes abordés dans le récit, tu as en bonus DES RECETTES DE CUISINE dont parlaient les personnages dans le roman ! Fraises Sarah Bernardt, pêches melba, asperges à la polonaises, cailles aux cerises, omelette aux fleurs de courge, garbure à la béarnaise... C'est bon demain soir tu peux inviter du monde !
Elles ont toutes pris naissance sous les doigts d'Auguste Escoffier et Michèle Barrière t'invite à venir les découvrir en détail dans son Guide culinaire.


J'ai trouvé énormément de charme à ce récit, entre exactitude et fiction. Original, frais, consistant. Fallait vraiment songer à l'inventer celle-là, le polar gastronomique.

Alors attention, si pour toi ne mérite le nom de polar que celui qui fait trembler tes nuits de rebondissements et de sueurs froides, passe ton chemin. L'intrigue n'est pas ficelée façon Agatha Christie. L'accent ici est mis sur la reconstitution d'un contexte historique pertinent, sur la construction de personnages intéressants et bien sûr le détail gravite autour de la gastronomie.

Pour toutes ces qualités, moi, je valide Meurtre au Ritz et le recommande.
PS : Solennel merci à l'APHM de m'avoir fait découvrir Michèle Barrière, tout me dit que sa dizaine d'autres polars gastronomiques vont passer par ma bibliothèque.



10 oct. 2015

Millenium : le Tome 4



Parce qu’il fallait que je sache.
Parce que je brûlais de retrouver Lisbeth Salander.
Parce que dans cette guerre idéologique, au cœur de ce séisme inédit dans la sphère éditoriale soulevé par le cas Millenium, il a fallu choisir son camp.
Moi j’ai validé l’imposture littéraire consentie.
Et honnêtement, pas une seule seconde je regrette mon choix. Ce tome 4, c’est clairement une réussite pour le moins triomphale.


Les thèmes :
le féminisme ◆ la vengeance ◆ le polar 
 ◆ l'autisme ◆ le journalisme ◆ la maltraitance
◆ l'espionnage ◆ le hacking ◆ l'intelligence artificielle 


On l’avait adorée en train de latter la gueule à son violeur. On s’était creusé les méninges avec elle sur l’affaire Harriet Wanger. On l’avait admirée résoudre des énigmes mieux que la Sapö. On avait frémi quand elle s’était mis en tête de régler son compte à Zalachenko. On avait craint pour sa vie quand Blomkvist essayait de la sortir de ses démêlés avec la justice. On était tous suspendus aux gestes et aux mots de Lisbeth Salander. Et la voilà de retour. Putain, c’est bon ça.

Le pitch ◆ La rage ne l’a pas quittée. En marge de tout, retirée dans son coin, elle veille au grain sur le net. Parce que « Celui qui surveille le peuple finit à son tour par être surveillé par le peuple. »

Il n’est plus que l’ombre de lui-même, collectionne les absences dans un monde où la presse est en déclin, et la concurrence rude.
Des années sont passées, ils ne se sont pas parlés.

Mais leurs chemins vont se recroiser autour de l’histoire d’Hans Balder, éminent scientifique chercheur dans le domaine de l’Intelligence Artificielle, au cœur d’une rixe de jeux de pouvoir où serait même mêlé la NSA . Contre espionnage, réseaux criminels, hacking de haute voltige, surveillance électro-magnétique… Et si la clé cette fois-ci se trouvait du côté de l’autisme, dans les liens du sang ?



 Le cas Millenium


Si jusqu’ici tu as échappé à l’engouement Millenium, réjouis-toi. C’est un tout nouveau tout beau phénomène qu’il t’ait donné à découvrir. C’est un peu comme quand on redécouvre un billet de 20€ dans sa poche. On n’avait pas fait mieux depuis Harry Potter. Si, si, je te jure !

Figure vitrine des éditions Actes Sud, Millenium c’est la trilogie qui vient du froid et qui a su mettre à l’honneur le polar suédois dans notre beau pays comme dans le monde entier.

Aux commandes de tout ça, un petit suédois binoclard, communiste et trotskiste, qui a rencontré sa femme dans une manif contre la guerre du Vietnam et qui s’est forgé un avenir de journaliste, en créant la revue Expo, structure observatoire de la montée du racisme en Suède et des moyens mis en œuvre pour en contrer les dérives.

A ces heures perdues, l’homme s’essaye à l’écriture d’un roman, qui devient vite une trilogie. Il faut dire que le sujet est dense et qu’il la verrait bien s’étaler en 10 tomes, sa petite histoire. Il commence à démarcher les éditeurs. Et bim. Il meurt. Crise cardiaque. Genre, trop pas de chance.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais non. Il se trouve que sa petite histoire écrite dans l’ombre est de qualité. Et qu’un éditeur, Norstedts Editions, accepte de la publier. Et que ça devient juste un putain de succès littéraire en Suède. Et que le succès dépasse les frontières de la Scandinavie, s’empare d’abord de la France, chez qui les romans rencontrent un succès inouï, puis s’étend outre atlantique. Moins de quatre ans plus tard, les ventes dépassent les 80 millions d’exemplaires, les adaptations télé-BD-ciné se multiplient et même la pointure du cinema David Fincher s’empare de l’histoire dans l’idée de la porter à l’écran de manière particulièrement réussie soulignons le.

Désormais le nom du petit suédois, Steig Larsson est sur toutes les lèvres alors qu’il n’aura même pas eu l’occasion de tenir son propre livre entre ses mains. Et tout le monde est un peu beaucoup gâché de savoir que l’aventure Millenium s’achève ici. Faut dire que c’était tellement prenant de suivre les aventures de Blomkvist et de Salander qu’on aurait volontiers continué pendant bien d’autres tomes.

C’est alors qu’une petite voix fluette s’élève en Suède. Coucou, je suis Eva, la femme de Steig Larsson, et même si, c’est vrai, on était pas mariés, on a quand même vécu 32 ans ensemble et en fait euh, ben j’ai toutes les notes de Steig dans un carnet et un Tome 4 inachevé dans mon ordinateur, mais je préfère mourir plutôt que de le remettre aux mains des éditeurs, sauf s’ils me permettent de le terminer moi parce qu’en fait moi aussi je suis écrivain.

Han bataille juridique ! Nous on est le papa et le frère de Steig Larsson et en fait c’est nous les héritiers,  et on est pas d’accord, hors de question que ce soit toi qui aie les droits sur Millenium, Eva, parce qu’on t’aime pas.

Ah ouais c’est comme ça ? Ben y aura pas de Millenium 4 alors parce que moi je vais cacher tout ça et vous retrouverez jamais les notes de Steig mouahahaha, sujet clos.

Du coup le lectorat doit bien se faire à l’idée. Malgré les publications croustillantes d’Eva qui aime à attiser le chaland en laissant fuiter deux trois petits indices sur le contenu de l’éventuel Tome 4, c’est un peu dead pour la suite de Millenium.

Et puis un jour on apprend que Norstedts Editions mendatent un mec pour écrire la suite de Millenium.

Oh my god. Emoi dans mon bas ventre dans les chaumières. Polémique. De l’encre qui coule. Et le roman dans les bacs, tentateur. 
Que faire ?


Un phoenix nommé Salander


Pour ma part la question ne s’est même pas posée. C’était sur, que j’allais me ranger du côté des lecteurs de ce sulfureux tome 4.
Rien que pour le plaisir de voir imprimé sur une page le mot Salander.

Parce que Lisbeth Salander, à mes yeux, n’est que - rien que ça - le personnage le plus charismatique du 21ème siècle.

Fascinante.
Percutante.
Singulière.
Rare.

Exceptionnelle.

Je me sens inspirée, impressionnée, hypnotisée, à chacune de ses apparitions. La moindre de ses actions provoque chez moi de longues minutes de réflexions et j’ai souvent le cœur qui palpite à la simple évocation de son nom.

S’il est une femme que j’aurais un jour aimé incarner, après Simone Veil, ce serait Lisbeth Salander.

J’aime tout chez Salander.

Le feu qui l’anime.
Son audace.
Son physique androgyne.
Sa force mentale.
Son sens très personnel de l’éthique morale.
La maestria dans sa manière d’aborder le rapport de force.
Ses mauvaises manières.
Son énergie, lorsqu’elle décide de se lancer dans une affaire.
Ses démons, qui ne la laisseront jamais s’en affranchir.
Sa pudeur. Dans les sentiments, dans les marques d’affection. Dans les liens de ceux qui retiennent son attention.
Et surtout. Surtout. Ce qu’elle fait de sa haine.


 David Lagercrantz, le mec attendu au tournant


Dans le genre homme à qui tout le monde voulait faire la peau, en acceptant d’incarner le prolongement de Steig Larsson, David Lagercrantz a su se placer au sommet de l’échelle.
Insulté, hué, menacé dans son pays d’origine où le tollé qu’il a déclenché se rapproche du vocabulaire de la profonation, David Lagercrantz après avoir vécu plusieurs mois d’autarcie mystique pour les besoins de l’écriture, se retrouve sous les feux des projecteurs à l’international, prêt à se faire manger tout cru.

Il faut dire que l’homme diffère à 100% de Steig Larsson, binoclard peu séduisant issu d’un milieu modeste.  DL, gentleman issu de la bourgeoisie, avec son joli port de tête et ses yeux cobalt, fils de l’éditeur vedette du Le Monde suedois, ne partait pas vraiment gagnant dans le jeu du « j’incarne la prolongation de Steig Larsson parce que lui et moi on se ressemble ».

On ne peut donc reconnaître à David Lagercrantz que du courage pour avoir osé braver le triple tribunal qui l’attendait de pied ferme, tomates à la main : celui du clan Larsson, celui de toute l’intelligentia littéraire suédoise et outre-mer, et celui des hordes de fans de Millenium prêts à le passer à tabac à la moindre erreur stylistique.

Et pourtant, il suffira de lire quelques pages pour comprendre que David Lagercrantz, qui ne s’est pas démonté le moins du monde devant l’ampleur de sa tâche titanesque, a su relever le défi avec brio. En fait, c’est lui qui nous attend au tournant, maintenant.
Parce qu’il est vraiment réussi, ce tome 4, David.


Tome 4 : Ce qui ne me tue pas


Le tome 4 s’ouvre avec la découverte de nouveaux personnages dont on entrevoit les enjeux dès le premier chapitre. J’ai aimé la configuration difficile que forment leur équilibre de vie.

J’ai aimé m’enfoncer dans l’histoire de plus en plus sombre de l’enfance de Lisbeth Salander. Tout part de là. Comme si ce n’était pas déjà assez horrifique, son passé, voilà un nouveau pan qui s’ajoute au tableau de toutes ces atrocités. Un soufflet qui alimente ce feu dans la cheminée, ce feu vengeur qui se consume, qui hurle les tourments de sa haine. Tellement parfait.

J’ai aimé à l’ajout du mystère politique, le mystère humain en le personnage d’August Badler, enfant autiste, à mi-chemin entre le demeuré et le génie.

J’ai aimé me sentir inférieure.
Dans ce dédale d’organisations gouvernementales dont le grand public ne possède pas les clés et doit s’accrocher pour comprendre les intérêts transversaux.

J’ai aimé tous ces noms qui viennent du froid, toutes ses sonorités nordiques, tout ce charme baltique résonner dans mes oreilles au fil des lignes.

J’ai aimé la pudeur dans les retrouvailles entre Lisbeth et Blomkvist. Improbable duo qui marche droit, entre respect, amitié, attirance et sensualité, dont on ne saurait que trépigner d’impatience pour savoir quel tournant prendra la relation.

J’ai aimé frissonner. En le personnage de Camilla Zalachenko, la sirène maléfique.
J’ai aimé la façon dont David Lagercrantz a su s’en emparer. Mortelle, comme Lisbeth. Peut-être même pire. S’en est terrifiant.

Terrifiant aussi, cette mort innocente ajoutée au roman, pas très larsonienne. Juste pour le plaisir de s’ancrer dans le monde réel, tel qu’il tourne en 2015, émancipé des tendances candides qu’ont pu cultiver les façons de penser des décennies précédentes.

J’ai refermé la dernière page de l’intrigue avec le regret de ne pas en avoir 300 de plus à avaler. Et le vague à l’âme à la simple pensée qu’il faudra attendre encore quelques années avant de pouvoir se remettre un Millenium sous la dent, si Norstedts Editions s’applique à jouer de nouveau le jeu de l’hérésie.



Bref le roman tient ses promesses. David Lagercrantz signe carrément une prouesse et se montre indubitablement le digne successeur de Steig Larsson. Il n’y a plus qu’à espérer, comme le laisse penser l’intrigue, que Lagercrantz reprendra durablement le flambeau de Millenium pour aller butter sa gueule à Camilla Zalachenko.

A lire absolument, pour tous les fans de Millenium et ceux qui auraient l'envie de saisir le pourquoi du comment d'un phénomène littéraire.


20 sept. 2015

The Red ball project






Cette semaine l'art contemporain s'invitait à Marseille, s'y incurvait au détour d'une rue, y insufflant une bouffée d'art éphémère, pour la plus grande surprise des promeneurs.

La red Ball, c'est le joujou préféré de Kurt Perschke, artiste américain plutôt connu, s'étant illustré par cette manie de la trimballer partout avec lui à travers le monde. 

Après Chicago, Sydney, Londres, Abu Dhabi, Toronto, Barcelone, Taipei et Paris, la Red Ball débarque à Marseille où, de quartiers en quartiers, depuis ses cinq mètres de haut, elle aime à se glisser dans les interstices, souligner les vides et les volumes pour un très joli dialogue avec l'architecture de la ville. 

J'ai adoré. L'initiative. L'esthétisme. L'effet sur mes sens de cette anomalie qui saute aux yeux dans le paysage marseillais. 
La flopée créative de photos marseillaises qui déferle sous le hashtag #redballproject.

Indéniablement, la ville accélère. Dans la bonne direction. 
Je suis fan. 

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The red ball projetct

Du 19 au 25 septembre 2015
Mucem 13002/ Palais Longchamps 13004/ place Sadie Carnot 13002/ plage Bargemon, Vieux Port 13002/ place des Pistoles, Le Panier 13002/ rue Vian, La Plaine 13006/ Bougainville 13015